[Critique] Glass, démystification du super-héros

Lors de la sortie de Split en 2017, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que M. Night Shyamalan venait de lier son long-métrage à Incassable et de créer un univers partagé au sein de sa filmographie. Deux ans plus tard, le réalisateur réuni les principaux protagonistes de ces deux films, à savoir Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Anya Taylor-Joy, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodward et ajoute Sarah Paulson à l’équation pour Glass, dans lequel nous attend un affrontement à la fois physique et psychologique entre David Dunn, Elijah Prince et Kevin Wendell Crumb…

Avec Glass, M. Night Shyamalan poursuit sa réflexion sur le monde des super-héros et livre une conclusion plus que satisfaisante à son univers partagé même si son exercice de style va sans nul doute diviser le public.

Connaissant déjà les tenants du scénario, à savoir la recherche par David Dunn de Kevin Wendell Crumb suite aux événements survenus dans Split, nous sommes directement plongés dans le coeur de cette storyline, nous permettant de renouer contact avec les personnages incarnés par Bruce Willis et James Mc Avoy.

Shyamalan aimant nous surprendre, se joue des attentes d’un duel au sommet entre l’homme incassable et La Bête pour mieux approfondir sa thèse sur l’héroïsme et la dualité entre imaginaire et réalité, s’appuyant une nouvelle fois sur les comics. En clouant ses personnages dans un lieu unique, la psychologie prévaut sur l’action et si le procédé est un brin bavard, particulièrement lors du deuxième acte du film, cela permet avant tout de retrouver Elijah Prince pour une réunion des plus intéressantes entre deux vilains et un justicier.

En rationalisant l’aspect extraordinaire de ces protagonistes aux capacités surhumaines, une pensée personnifiée par Sarah Paulson, qui prête ses traits au Dr Ellie Staple, nous assistons à une démystification du super-héros pour mieux se concentrer sur l’aspect humain de notre trio de tête. Ce qui prime dans Glass n’est pas le spectaculaire, le long-métrage en est même l’anti-thèse, préférant se focaliser sur l’introspection. Comme dans Incassable, le scénariste/réalisateur puise dans les comics et fomente des comparaisons entre réalisme et imaginaire pour mieux servir son propos.

Que ce soit Elijah et son intelligence supérieure, David et Kevin avec leur puissance et leur résistance hors-du-commun, ces hommes sont-ils des êtres extraordinaires ou sont-ils persuadés de l’être ? Leur pouvoir est-il le fruit de leur imagination, du à des problèmes d’ordres psychologiques ?  Le doute est disséminé, martelé par des propos renvoyant nos personnages à leur simple statut d’humain.

Cette réflexion se révèle avant tout fructueuse concernant notre affect pour notre trio principal puisqu’en plongeant dans leur psyché, toute notion de gentil ou méchant, de bien ou de mal est effacée pour mieux cerner leur traumatismes, leurs faiblesses. Aidé également par leur relation avec leurs proches, cette empathie transparaît et domine. Qu’ils soient bons ou mauvais, notre attachement pour eux est ce qui fait la force de Glass, permettant à M. Night Shyamalan de jouer avec nos émotions dans le dernier acte du film, où les cartes sont rebattues et les enjeux se dévoilent sous un nouveau jour.

Si c’est un réel plaisir de voir Bruce Willis et Samuel L. Jackson reprendre les rôles de David Dunn et Elijah Prince, James McAvoy continue de s’imposer avec ses multiples prestations et sait se montrer drôle, menaçant et aussi sensible. Le retour de Anya Taylor-Joy, Spencer Treat Clark et Charlayne Woodward ajoute une note de nostalgie et de douceur à l’ensemble et l’arrivée de Sarah Paulson au casting permet d’opposer une vision différente de ce monde super-héroïque (l’est-il vraiment ?).

La réalisation de M. Night Shyamalan est toujours très travaillée, restant à hauteur de nos personnages, comme pour souligner ce sentiment d’introspection. La caméra se pose, les longs-plans sont légions et le travail sur la photographie est soigné, particulièrement lorsqu’il s’agit de s’appuyer sur les couleurs phares de nos protagonistes à savoir le vert pour David, le violet pour Elijah et le jaune pour Kevin. Certains plans sont bien pensés et même si l’on sent par instant le manque de budget, Shyamalan ne déçoit pas à ce niveau.

Glass permet à M.Night Shyamalan de conclure sa dissection de la notion super-héroïque et de tourner la page sur l’univers partagé qu’il a créé avec son style bien à lui, qui ne manquera pas de diviser. Cette remise en question de l’imaginaire et l’extraordinaire face au prisme de la réalité, bien que trop bavarde, permet de jouer une nouvelle fois sur les codes du genre et ouvre une porte de sortie surprenante mais satisfaisante à nos personnages surhumains.

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