[Critique] Under The Silver Lake, illusions et désillusions

Après s’être fait remarqué en 2015 avec sa première réalisation, It Follows, David Robert Mitchell est de retour derrière la caméra avec Under The Silver Lake qui a été présenté en compétition officielle lors du 71ème Festival de Cannes. Comprenant au casting Andrew Garfield, Riley Keough ou encore Topher Grace, le long-métrage nous emmène dans une quête obsessionnelle dans les méandres de Los Angeles…

Avec Under The Silver Lake, David Robert Mitchell ne laisse pas le public indifférent et nous invite à un voyage pour le moins surprenant et dérangeant. En sortant de la séance, se faire un avis tranché de ce que l’on vient de voir est difficile tant le spectacle auquel on a assisté durant plus de deux heures était iconoclaste. Après quelques jours de réflexion, voici ce que l’on peut dire sur cette deuxième réalisation de Mitchell.

Under The Silver Lake est un exercice de style qui malheureusement se perd à la fois dans la forme et dans le fond. À trop vouloir se la jouer mystérieux et faussement compliqué, le scénario cumule les mauvais points comme cette propension à multiplier les intrigues ne menant nulle part au final, en l’occurrence celles sur le tueur de chiens, sur le comic-book Under The Silver Lake et le baiser de la chouette. Les théories du complot pleuvent également et si nous avons quelques éléments de réponse durant la quête du protagoniste principal, l’ensemble reste flou et capillotracté. Un léger parfum de suffisance sort de ce scénario concocté par David Robert Mitchell qui essaye de lorgner du coté néo-noir en s’appuyant sur le surréalisme utilisé par un David Lynch par exemple sauf que le récit aurait gagné à avoir un peu de clarté car certaines thématiques sont pertinentes et intéressantes à suivre.

La pop-culture à une place importante dans le long-métrage et les références au monde du cinéma, de la musique, de la littérature (livres, magazines populaires, comic-book) et du jeu-vidéo sont nombreuses et les connaisseurs s’amuseront à toutes les chercher. Mais plus qu’un hommage, David Robert Mitchell se sert de la pop-culture pour établir un portrait de notre société, bercée entre illusions et désillusions. C’est là le point essentiel d’Under The Silver Lake et le mieux construit. À travers les errances de Sam, le personnage désabusé incarné par un Andrew Garfield habité et un brin creepy, nous découvrons à quel point nous vivons à une époque pour le moins étrange. Choisir Los Angeles comme lieu central de l’intrigue permet au scénariste/réalisateur d’exacerber les excès et tous les domaines y passent entre la recherche de célébrité, la perte de la notion de réalité, notre rapport à la vie et à la mort, la religion et ses dérives, la frustration émanant de nos désillusions, le sexe, le voyeurisme ou encore l’envie de croire en un monde peuplé de mystères et de complots pour sortir d’un quotidien morose. Les travers et les déboires d’une société qui semble perdue, c’est ce que nous montre Mitchell à travers ses personnages.

Concernant sa réalisation, là rien à redire, Under The Silver Lake jouit d’une mise en scène maîtrisée. Le style néo-noir imprègne le long-métrage que ce soit au niveau des plans et de la bande son et nous sentons l’amour de David Robert Mitchell pour le cinéma d’Alfred Hitchcok, Brian De Palma et David Lynch avec cette atmosphère mystérieuse teintée de folie, d’obsession et de suspense sans oublier les références à leurs oeuvres. Il y a de beaux hommages aux films des années 50/60 et notamment à Marylin Monroe dans une scène où Riley Keough rejoue une scène du long-métrage inachevé Something’s Got to Give. Le réalisateur s’accapare de Los Angeles et met en opposition le côté lumineux de la Cité Des Anges, que l’on a l’habitude de voir à l’écran avec un côté sombre et surréaliste. Tout est fait pour accentuer ce sentiment de malaise, de découvrir un monde qui se révèle sous un mauvais jour. Nous nageons dans des eaux sombres et assistons à un trip halluciné. D’ailleurs, par moment force est de constater que Mitchell en fait trop et certains plans auraient mérités d’être coupés.

Under The Silver Lake est une oeuvre inclassable, un objet filmique non-identifié qui nous embarque dans une expérience au combien étrange. Le scénario alambiqué plombe la qualité du long-métrage avec des choix discutables mais cela n’empêche pas l’émergence de thématiques pertinentes sur notre société. La partition des acteurs, Andrew Garfield en tête et la réalisation de David Robert Mitchell sont parmi les points forts de l’ouvrage et aident à nous immerger dans cette quête improbable. Un film qui ne laisse pas indifférent.

 

 

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