En constante évolution, le paysage hollywoodien opère une mue pour le moins drastique depuis quelques temps, les crises touchant l’industrie du cinéma amenant les grands pontes et les majors à prendre des décisions à double tranchant – quitte à se laisser phagocyter par les géants du streaming, comme nous l’avions entre autres constaté via le rachat de la vénérable MGM par Amazon. Une collusion ayant pris une toute nouvelle ampleur avec le bras de fer qui s’est récemment engagé pour s’offrir un autre fleuron du monde du septième art. Warner Bros.
En effet, fin 2025, Netflix surprenait tout le monde en officialisant une acquisition de taille, celle de ce studio centenaire – vendu au plus offrant. Un coup de poker rendu possible par la situation délicate de l’entité Warner Bros. Discovery, en difficulté depuis 2022 et l’arrivée du controversé David Zaslav aux manettes – dont le management a été décrié, à juste titre lorsque l’on voit le résultat. Recherchant désespérément à faire des économies, l’entité a fait part cet automne de son envie de se scinder – moyennant finance. Une vente aux enchères a ainsi été lancée concernant la division cinéma/télévision, avec l’objectif d’atteindre une valorisation comprise entre 70 et 75 milliards de dollars. De quoi lancer un branle-bas de combat pour obtenir les clés du studio.
Paramount dame le pion à Netflix
Mais si Paramount ou encore Comcast ont rapidement montré leur intérêt quant à cette transaction, David Zaslav s’est laissé séduire par l’offre de Netflix, qui répondait à ses attentes. Ainsi, le 5 décembre 2025, avait été annoncé le rachat de Warner Bros., pour la coquette somme de 82,7 milliards de dollars (en espèces et en actions), ce qui est énorme – surpassant de ce fait l’opération effectuée par Disney pour obtenir 21st Century Fox qui s’élevait à 71,3 milliards. Et si l’on pensait que l’affaire était dans le sac, un nouveau retournement de situation vient de tout chambouler. Désireux de rajouter à sa collection la Warner, le PDG de Paramount Skydance, David Ellison, a multiplié les offres même lorsque tout semblait perdu face à Netflix. Et face à sa dernière estocade, le géant du streaming n’a pas renchéri, menant donc à un énième changement de propriétaire.
Ainsi, le 27 février, a été annoncé le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, pour la bagatelle de 110 milliards – avec notamment une action valorisée à 31$. Une OPA agressive, rendue possible grâce au soutien de la famille Ellison, le père de David – Larry (dont le patrimoine est estimé 270 milliards de dollars) – ayant personnellement mis la main au porte-monnaie pour faire pencher la balance. Sauf que cette proposition, qui devait être validée au cours du printemps par les actionnaires de Warner Bros. Discovery et les autorités régulatrices, ne fût pas accueilli d’un bon œil. Ce qui mena à une plainte antitrust émanant de douze procureurs généraux d’États ainsi que de la Writers Guild of America, inquiets d’un tel monopole dans l’industrie du divertissement. Mais en dépit de cette crainte, l’accord a finalement été accepté par la justice, avec un achat devant être officiellement acté ce 6 octobre.
Alors que va t-il se passer maintenant que la fusion est inéluctable ? Premiers éléments de réponse, donnés par David Ellison en personne.
Skydance est dans la place
En choisissant de former la méga-entité Skydance, le businessman joue la carte de la coalition plutôt que de l’annexion en transformant notamment les majors en marques. En termes de fonctionnement, les deux studios seront donc maintenus, avec l’objectif de proposer dans les salles obscures quinze longs-métrages par an à la fois pour Paramount et pour Warner. Chaque film bénéficiera d’une sortie en salles exclusive, avec une fenêtre d’exploitation mondiale d’au moins quarante-cinq jours avant sa mise à disposition en VOD, (le but final étant d’atteindre soixante à quatre-vingt-dix jours, ou plus si possible, afin de maximiser l’audience de leurs œuvres les plus populaires). Notons que le groupe s’engage également à poursuivre ses engagements vis-à-vis de la chronologie des médias sur le territoire français.
Même stratégie adoptée du côté du petit écran, l’idée de la création d’une plateforme commune ayant été abandonnée pour mieux laisser Paramount+, HBO Max ainsi que Pluto TV co-exister. Ainsi avec ces services de SVOD, Skydance s’appuiera sur une bibliothèque de plus de 15 000 titres et rassemblera sous la même bannière des franchises phares telles que Harry Potter, Mission: Impossible, Le Parrain, Le Seigneur des Anneaux, Star Trek, Bob l’Éponge, Game of Thrones sans oublier l’univers DC. Concernant les droits sportifs, la plateforme en devenir détiendra un portefeuille conséquent puisque seront retransmis les matchs de la NFL, la NHL, du PGA Tour, les combats de l’UFC ou encore les Jeux Olympiques.
Mais qui dit fusion, dit remue-ménage en interne avec une restructuration de taille, des suppressions d’emplois étant craintes vu le nombre de postes en doublon, en particulier concernant la partie streaming du conglomérat de même que les chaînes d’informations CBS et CNN. Quoiqu’il en soit, au sommet de cette pyramide hollywoodienne trônent David Ellison comme président du conseil d’administration et PDG mais aussi Ynon Kreiz (ancien président de Mattel), qui officiera à ses côtés en tant que co-PDG.
