Parmi les diverses compétitions propres au Festival Séries Mania, qui met à l’honneur l’univers de la télévision, intéressons-nous à celle concernant les formats courts – comptant des productions provenant des quatre coins du globe. Et pour cette cuvée 2026, un pays nous aura tapé dans l’œil, le Canada, qui proposait deux séries, synonyme de virée entre les genres.

Ayer’s Cliff, death is in the air

Écrite et réalisée par Édouard Gingras et Zacharie Lareau pour la plateforme ICI TOU.TV EXTRA (filiale de Radio Canada), Ayer’s Cliff comprend au casting Marc Labrèche – que le public français connaît pour l’inénarrable Le coeur à ses raisons – Henri Picard, Myriam Leblanc, Ève Duranceau, Joey Scarpellino, Jorge Martinez ou encore Janie Lapierre. Au menu de la série, composée de sept épisodes de quinze minutes (trois ont été proposées à Séries Mania), une virée au sein d’une petite bourgade voyant sa tranquillité perturbée par un tragique événement…

S’amusant à brouiller les pistes, le duo Édouard Gingras/Zacharie Lareau nous convie à un délire gentiment caustique, où le monde du disco se fracasse à celui du…polar. Explications. Louis-Philippe, un jeune acteur populaire au tempérament explosif, voit sa carrière partir en vrille suite à une crise de nerfs sur un plateau, malheureusement partagé sur les réseaux sociaux. Sur le point d’être blacklisté dans le milieu, il accepte à contre-cœur, sous les conseils de son agent, de se mettre au vert le temps que la tempête médiatique passe. D’où un pèlerinage forcé à Ayer’s Cliff, village de l’Estrie au calme reposant. Du moins en apparence, comme nous le découvrons rapidement. Alors qu’une rencontre entre notre tête brûlée devant se faire discret et Henri, un barman (qui le jour est palefrenier) laissait poindre une simili comédie romantique, ce n’est finalement pas la flèche de l’amour qui sera décochée mais celle de la mort.

Quand un coup du sort sert de moteur à l’intrigue, Ayer’s Cliff change son fusil d’épaule (ou plutôt son arbalète) pour lorgner vers une farce macabre. Vous avez ainsi un cadavre encombrant – s’évaporant pour mieux réapparaître là où il ne devrait pas – et la formation d’un tandem que tout oppose pour démêler le vrai du faux de ce mic-mac, ce pauvre Henri et sa vedette d’oncle, qui n’est autre que le chanteur Martin Stevens. Oui, oui une version fictive du célèbre interprète de Love is in the air, qui prend petit à petit de l’importance alors qu’il devient un rouage de cette enquête où tout le monde est suspect – car dans notre petit village bucolique, personne n’est totalement innocent. Tirant parti des exactions de ce duo dysfonctionnel, avançant avec crainte dans une partie de Cluedo grandeur nature, Édouard Gingras et Zacharie Lareau prennent un plaisir non dissimulé à immerger leurs personnages dans les eaux troubles du thriller – le tout avec une bonne dose d’humour noir. Et cela fonctionne à l’écran, en particulier grâce à la partition de Henri Picard et de Marc Labrèche.

Les Saturnides, papillons en cage

© Oraquan Médias

Produite par Oraquan Médias et la chaîne Unis TV, Les Saturnides a été présentée en avant-première mondiale à Séries Mania, sa diffusion n’étant prévue que pour cet automne dans le Grand Nord Blanc (quatre épisodes, sur sept au total, ont été projeté pour l’occasion). Imaginée par Neegan Sioui Trudel, qui signe là sa première série après avoir été remarqué au cinéma avec Vacarme – auréolé de l’Iris du meilleur premier long métrage au Gala Québec Cinéma – celle-ci est portée par Rosalie Bonenfant et Rüdi Loup, qui incarnent un couple à la dérive suite à leur enfermement imposé au sein d’un appartement de Montréal…

Sondant le mal-être de notre société post-moderne, Neegan Sioui Trudel puise dans les codes du huis-clos le matériel nécessaire pour exposer au grand jour les failles d’une génération (dé)connectée, perdant peu à peu pied face à un monde qui tourne vite – trop vite. Comme indiqué par son titre, avec Les Saturnides, le spectateur fait face à des ‘papillons’ de nuit, dont le cycle de vie est totalement déréglé et ce à cause d’un mystère météorologique : l’apparition d’étranges nuages lumineux, formant des aurores boréales aux propriétés défiant les lois de la nature. Un phénomène bouleversant l’espèce humaine, qui ne parvient plus à trouver le sommeil. Et quand l’insomnie collective mène progressivement à l’hystérie, la situation ne peut que dégénérer, ce que vont constater malgré eux Camille et Philippe, qui pensaient passer un moment privilégié à Montréal et vont se retrouver pris au piège.

Loin de chez eux, dans un logement devenant une cage dorée, suite à la mise en place d’un confinement d’urgence, nos tourtereaux tournent en rond, errent comme des âmes en peine. De quoi permettre à Jocelyn Martel-Thibault, scénariste du show, de faire de ce décor crucial un ersatz de cocotte-minute, faisant grimper la tension jusqu’à implosion de Camille et Philippe – aux abois, tout comme le reste de la population. Dans un climat anxiogène – amplifié par la réalisation de Trudel, au cadre se réservant progressivement sur son duo central – le poids de cette situation paraissant sans-issue fait vriller les gens, avec des coups d’éclats à la clé. Fort de cet état de fébrilité permanente, Les Saturnides prend des allures de cauchemar éveillé, où le corps et l’âme sont mis à rude épreuve.

Comment notre couple va t-il se sortir de cet emprisonnement aussi bien physique que philosophique ? Camille pourra t-elle retrouver sa fille, qui n’était pas du voyage et reste désormais loin d’elle ? Des questions dont les éléments de réponses sont apportés avec parcimonie, histoire que l’on se laisse captiver par les épisodes, qui gagnent inéluctablement en noirceur.

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