Récemment aux commandes de la comédie policière Panda portée par Julien Doré, le tandem Mathieu Leblanc/Thomas Mansuy effectue son retour à la télévision avec une adaptation attendue au tournant. Celle de Lucky […]
Récemment aux commandes de la comédie policière Panda portée par Julien Doré, le tandem Mathieu Leblanc/Thomas Mansuy effectue son retour à la télévision avec une adaptation attendue au tournant. Celle de Lucky Luke. Développée conjointement par France Télévisions et Disney +, la série portée par Alban Lenoir, Billie Blain, Alice Taglioni, Jérôme Niel ou encore Camille Chamoux nous propulse au pays de l’Oncle Sam afin de suivre notre poor lonesome cowboy dans une mission de sauvetage pas piquée des hannetons…
Alors qu’il souffle cette année ses quatre-vingt printemps, l’homme qui tire plus vite que son ombre prouve qu’il en a encore dans le ventre et qu’il est toujours une figure populaire, à l’épreuve du temps, que ce soit dans le domaine de la bande dessinée ou du petit écran. En effet, six ans après une plongée dans l’enfance de notre héros via la série d’animation Kid Lucky (qui fût diffusée sur M6), la création de Morris élargit une fois de plus ses horizons – mais cette fois au format live. Sous l’égide de Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy, s’écrit un nouveau chapitre ambitieux, nos showrunners pouvant compter sur le soutien de Disney + et France TV pour que leur virée au Far West ait du cachet – pour que le spectateur ressente le souffle de l’aventure dans chaque plan de leur show.
Et pour s’y faire, les scénaristes ont puisé dans divers albums de Morris (comme Les Dalton se rachètent par exemple) pour trouver leur inspiration puis ont mixe le tout et y ont apposer leurs propres ingrédients. Un cocktail amenant à redéfinir l’environnement dans lequel navigue ce cher Lucky, qui n’est plus le cowboy solitaire qu’il était, se retrouvant mêlé à une affaire de disparition l’amenant à cavaler non pas en solo mais en duo. Notre légendaire cow-boy solitaire doit ainsi aider Louise, une jeune fille de dix-huit ans aussi piquante qu’un cactus et plus imprévisible qu’un coyote enragé, à retrouver sa mère – qui a un lien avec son passé.
De quoi initier une quête à travers l’Ouest sauvage pour retrouver cette mystérieuse Charlie, liée à un complot pouvant changer le cours de l’Histoire des États-Unis. De quoi semer les graines d’un divertissement familial, où Lucky Luke n’est qu’un rouage dans une machination qui le dépasse. Ne pouvant plus dégainer comme avant, notre protagoniste doit se trouver un nouveau rôle dans ce vaste échiquier qu’est le Far West et c’est en compagnie de la jeune effrontée qu’il prend sous son aile – qui l’amène à baisser la garde – mais également d’anciens ennemis qui vont rejoindre leurs rangs pour le meilleur et pour le pire. Une caractérisation qui aurait pu mener à une aventure crépusculaire, d’autant plus avec la présence du ténébreux Alban Lenoir dans le rôle-titre, sauf qu’ici une certaine volonté de se rapprocher d’une écriture proche du style Goscinny (l’un des collaborateurs phares de Morris) laisse poindre un esprit bon enfant – mais pas potache.
L’amour du matériau d’origine suinte à travers les pores de la pellicule ce qui est un bon point sauf que, en cherchant à apporter une dose de modernisme à la mythologie Lucky Luke tout en ne voulant pas dénaturer totalement les personnages présents dans la bande dessinée (les frères Dalton, Billy the Kid, Calamity Jane), on assiste à une chevauchée sauvage qui parfois ne sait pas quelle trajectoire emprunter. Western spaghetti ? Buddy movie ? Délire cartoonesque ? Au gré des épisodes de cette adaptation, Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy expérimentent, tentent de trouver leurs marques mais n’y parviennent pas tout le temps. Heureusement pour palier à ce manque d’assurance, nos têtes pensantes peuvent se reposer sur le talent de Benjamin Rocher, qui profite des décors grandioses offert par le relief espagnol pour donner de l’ampleur à sa mise en scène et s’approprier les codes du genre – conférant ce souffle poussiéreux que l’on était en droit d’attendre d’une telle odyssée à travers les plaines.
Ajoutez à cela une direction maîtrisée, le réalisateur connaissant parfaitement Alban Lenoir (ils ont déjà travaillé ensemble sur Antigang et sa suite), sachant comment obtenir de lui les multiples nuances de cette version de Lucky Luke moins mutique, devant s’ouvrir aux autres – tout comme il sait canaliser Jérôme Niel pour qu’il ne campe pas un Joe Dalton en roue libre complète, notamment en s’amusant de l’idée de l’amnésie par exemple et faire de Camille Chamoux une fine gâchette en Calamity. Parmi les nouveaux protagonistes, Billie Blain sait tenir tête à Alban Lenoir et crée la surprise dans la peau de la jeune Louise – l’atout cœur de la série tandis qu’Alice Taglioni se révèle progressivement dans le rôle de l’énigmatique Charlie Willow, dont le sort sert de fil conducteur aux huit épisodes de la série.
Des éléments positifs faisant pencher Lucky Luke vers du bon côté de la balance, la ballade proposée se révélant sympathique à suivre en dépit d’une écriture quelque peu brouillonne et ce grâce à l’abattage de la distribution et une mise en scène stylisée, colorée. De quoi rattraper les ratages qu’on étaient les précédentes incursions de l’homme qui tirait plus vite que son ombre et ses comparses dans le monde du live action made in France (l’horrible Les Daltons de 2004 et le décevant Lucky Luke de James Huth).