Se repliant sur le domaine du fantastique depuis quelques années, que ce soit avec les spin-offs de The Walking Dead, Entretien avec un Vampire ou encore The Terror, la chaîne câblée américaine AMC se prépare à ouvrir à nouveaux ses horizons avec The Audacity, création maison imaginée par Jonathan Glatzer et pouvant compter sur la présence au casting de Billy Magnussen, Sarah Goldberg, Simon Helberg, Lucy Punch, Zach Galifianakis. Présentée en avant-première au festival Séries Mania, celle-ci se veut une plongée acerbe dans ce monde impitoyable de la tech qu’est la Silicon Valley…

Ayant fait ses armes en tant que scénariste sur Better Call Saul et Succession, Jonathan Glatzer prend du galon et se retrouve aux manettes de sa propre série, The Audacity, portrait au vitriol d’une élite totalement déconnectée vivant dans une bulle prête à imploser du fait de ses excès – qu’elle prend à tort pour de l’ambition. Ou comment souligner que la société américaine – par le biais d’une immersion fiévreuse dans ce monde des nouvelles technologies – court à sa perte en se laissant griser par l’ego et de la course aux profits.

Fort d’une écriture au cordeau, cette satire dissèque les désillusions et les failles éthiques de ceux qui se sont autoproclamés les nouveaux maîtres du capitalisme, en suivant le quotidien de milliardaires blasés, de petits génies se croyant au-dessous de tout alors qu’ils en-dessous de tout, à l’image de Duncan Park, le PDG de Hypergnosis, une entreprise de data-mining arrogant voulant à tout prix rester au sommet de la pyramide. Un protagoniste cupide et rongé de l’intérieur, symbolisant l’outrecuidance de la Silicon Valley, se vautrant dans sa radicalité, de plus en plus dangereuse. De quoi permettre d’évoquer des sujets d’actualité quant à protection de nos données et le virage à droite opéré avec l’intelligence artificielle – remettant en question la question des libertés individuelles.

Doit-on vraiment faire confiance à ces pontes de la tech guidés par la soif de pouvoirs – mais surtout de profits – et leur confier notre avenir ? Prenant exemple sur l’actualité bouillonnante au pays de l’Oncle Sam, The Audacity cherche à nous démontrer que ce microcosme est un véritable panier de crabes et qu’il faut éviter d’y mettre les pieds. Rien de bien neuf sous le soleil à une époque ou justement nous avons eu des propositions télévisuelles dézinguant comme il se doit le rêve américain, ce dont est conscient Jonathan Glatzer, qui en a déjà parlé au cours de sa carrière. D’où le fait que le showrunner essaye davantage d’instiller un style plutôt que de révolutionner le genre – du moins après le visionnage des deux premiers épisodes du show. Privilégiant un rythme effréné et une mise en scène tape à l’œil – que l’on doit à l’excellente Lucy Forbes (The End of the F*****g World) – cette comédie noire amplifie pour le moment son côté cartoonesque, ce qui devrait en faire sa force sur le long terme.

Une ambiance un brin déjantée, aidant à faire passer la pilule quant à la densité des storylines esquissées – la multitude de fils rouges tirées par l’équipe créative manquant de s’emmêler dans le premier épisode. En attendant que ce sac de nœuds se décante, ce qui ne devrait pas tarder après les deux chapitres visionnés, The Audacity n’en reste pas moins une comédie qui fait grincer des dents, permettant à son casting – principalement Billy Magnussen et Sarah Goldberg, de s’amuser au sein de ce joyeux bordel clinquant offert par Jonathan Glatzer. À voir ce que cela donnera par la suite (sachez qu’AMC a déjà renouvelé la série pour une deuxième saison) mais le potentiel est là.

© AMC

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