Trois ans après Alibi.com 2, Philippe Lacheau retrouve son poste de réalisateur pour les besoins de Marsupilami, adaptation de la bande dessinée de Franquin. Entouré de sa bande d’irréductibles (Élodie […]
Trois ans après Alibi.com 2, Philippe Lacheau retrouve son poste de réalisateur pour les besoins de Marsupilami, adaptation de la bande dessinée de Franquin. Entouré de sa bande d’irréductibles (Élodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti, Reem Kherici) mais également de Jamel Debbouze, Alban Ivanov, Corentin Guillot ou encore Jean Reno, notre chef de bord entraîne son public sur les rives de l’aventure – débridée – avec en guise de hors d’œuvre une croisière qui ne manque pas de piquant…
Depuis son incursion dans le domaine du septième art, qui s’est initié avec le burlesque Babysitting, La Bande à Fifi aura su apposer sa patte sur la comédie française, sachant dérider les zygomatiques des petits et des grands avec des propositions telles que Alibi.com (et sa suite), Jour J, Super-héros malgré lui ou encore 30 Jours Max. Si Reem Kherici et Tarek Boudali ont chapeauté plusieurs de ses titres, le capitaine de cette joyeuse troupe est sans conteste Philippe Lacheau, aux manettes sur la majorité de leurs longs-métrages. Et pour son prochain ouvrage, le comédien/réalisateur s’est réessayé à l’exercice de l’adaptation, comme il l’avait opéré par le passé avec Nicky Larson et le parfum de Cupidon. Sauf que cette fois, ce n’est pas un manga qui va se voir passer à la moulinette par notre Fifi et ses équipes, mais une bande dessinée franco-belge pour le moins populaire. Le Marsupilami.
Apparu pour la première fois dans les pages de Spirou et les Héritiers (paru en 1952), le personnage aura su passer outre son statut de mascotte pour devenir le héros de ses propres aventures, toujours sous la plume d’André Franquin. Ainsi depuis 1987 et le titre La Queue du Marsupilami, notre animal au pelage jaune et noir n’aura eu de cesse de gagner en popularité, survivant à son créateur, des bandes dessinées ayant continué d’être publiés – tout comme des jeux et des séries. Sous l’égide d’Alain Chabat, une adaptation cinématographique aura vu le jour, mêlant prises de vues réelles et images de synthèses. Si le succès aura été au rendez-vous, Sur la piste du Marsupilami ayant attiré la curiosité de 5 304 366 spectateurs en 2012, l’aventure ne se sera pas poursuivit de sitôt puisqu’il a fallu attendre plus d’une décennie pour qu’un réalisateur tente à nouveau l’expérience.
En l’occurence Philippe Lacheau, désireux de s’amuser avec l’univers de Franquin en compagnie de ses inséparables camarades de jeu. Rappelant Jamel Debbouze au casting, ce dernier ayant été l’une des figures de proue du long-métrage de Chabat, cette seconde aventure XXL se concentre sur les déboires de David, un homme à la dérive, acceptant de rapatrier un colis en provenance d’Amérique du Sud (la Palombie bien évidemment) pour de mauvaises raisons. Ce qui l’amène à prendre part à une croisière pour le moins mouvementée, le paquet détenu par notre protagoniste contenant un bébé marsupial sortant de l’ordinaire – et attirant les convoitises (Il faut dire que notre jeune animal est issue d’une espèce très rare, disposant de facultés hors normes). De quoi pimenter comme il se doit le voyage de notre protagoniste, qui ne sait pas dans quel guêpier il a entraîné ses proches, que ce soit son ex-femme, son fils et son collègue un brin naïf…
Ne dérogeant pas à leur motto, à savoir pour l’amour du gag, nos joyeux drilles de la Bande à Fifi appose leur style comique sur une œuvre populaire, ce qui s’avère être un exercice périlleux. Comment concilier divertissement familial et délire potache, où l’humour se situe bien souvent en-dessous de la ceinture ? Eh bien en sortant la sulfateuse à vannes, où les coups fusent pour le meilleur et pour le pire – histoire de contenter les jeunes de 7 à 77 ans. De ce fait, Marsupilami fonce pied au plancher sur l’autoroute de la gaudriole, sans s’inquiéter de la sortie de route, ce qui est à la fois sa force ainsi que sa faiblesse. Parmi les points noirs, la démystification de ce cher ‘Marsu’ par Philippe Lacheau, notre bébête perdant de sa superbe – mais pas de sa mignonnerie, devenant un Mogwaï aimant coller des baffes et twerker.
Si de temps à autres un esprit Amblin pointe le bout de son nez (le réalisateur se montre toujours inspiré lorsqu’il s’agit de témoigner de son amour pour les 80s/90s), dans l’ensemble c’est le chaos qui domine, alors que se dessine un rip-off de la Croisière s’amuse version ‘destroy’, nos héros se claquant sur à peu près chaque surface de ce bateau de l’angoisse. Sur ce point, il est dommage de s’enfermer dans un cadre maritime unique, alors l’appel de l’aventure tendait les bras de l’équipe créative. En dépit d’un tempo rapide, le scénario concocté par le cinéaste, son frangin Pierre, Julien Arruti et Pierre Dudan tourne pourtant en rond, les blagues se répétant ad nauseum sur ce vaisseau de l’angoisse qui sert de lieu central au long-métrage. Il faut attendre le dernier acte pour que tout le monde sorte finalement de ce paquebot et sème l’anarchie sur terre et dans les airs, avec un peu plus d’entrain (la présence de Didier Bourdon – et d’un humoriste bien connu là l’espace d’un caméo – n’y est pas étrangère).
Bordélique, Marsupilami irrite plus qu’il ne déride les zygomatiques mais n’est pas la catastrophe redoutée, Philippe Lacheau et ses compagnons de route disposant d’un capital sympathie à toute épreuve. Si beaucoup de vannes tombent (violemment) à plat, certaines séquences n’en restent pas moins bien pensé, à l’image d’une session de combat à la mode Dragon Ball Z – témoignant d’un vrai sens de la mise en scène de la part de Fifi, qui progresse à ce niveau là. Ce qui est déjà ça de pris.
Avec Marsupilami, Philippe Lacheau instille sa fibre comique potache sur l’univers de Franquin et propose ainsi un délire complètement foutraque naviguant à vue sur le fil de la mésaventure.