Quatre ans après Revoir Paris, Alice Winocour effectue son retour derrière la caméra avec Coutures, qui est l’occasion pour la cinéaste de collaborer avec Angelina Jolie, Ella Rumpf, Louis Garrel, Anyier Anei ou encore Vincent Lindon. Au programme de ce nouveau drame, une immersion dans le milieu de la mode, en pleine effervescence à l’approche de la Fashion Week…

Avec la délicatesse qui lui est propre, Alice Winocour se livre à un exercice de style ne manquant pas de grâce, profitant de sa déambulation dans un univers exigeant pour en extraire une forme de vérité quant à la question de la passion, de l’abnégation – le tout en mettant en parallèle le destin de femmes ayant leur propre vision de l’art. Ce qui donne lieu à une plongée dans les arcanes de la mode ne manquant ni de tension, ni d’amertume.

Tourné principalement en langue anglaise, histoire de renforcer l’internationalisation de ce macrocosme, le long-métrage se concentre sur trois protagonistes se retrouvant à un carrefour de leur vie – pour des raisons diverses. Si nous suivons dans un premier temps une réalisatrice américaine nommée Maxine, fraîchement arrivée à Paris pour mettre en scène le film introductif d’un défilé, son parcours se révèle rapidement n’être qu’un des nombreux fils conducteurs de l’intrigue (co-écrite aux côtés de Jean-Stéphane Bron) qui confectionne méticuleusement un drame aérien, ajusté sur mesure pour ses actrices et acteurs. Un choix cohérent, la démarche de la réalisatrice étant de capter le regard de l’individu au sein du collectif, permettant de ce fait de saisir les multiples essences propre à ce domaine culturel, où les apparences sont parfois trompeuses. D’où une plongée côté coulisses proche du documentaire, Alice Winocour s’appliquant toujours à se fondre dans le décor afin de laisser ses sujets se décanter, doucement mais sûrement.

Ainsi au gré des incessants va-et-vient au sein de cette fourmilière humaine, où chaque tâche s’effectue sous une certaine exigence, apparaissent également Angèle, maquilleuse chevronnée qui écrit une Å“uvre de fiction basée sur ses propres expériences dans l’industrie, et Ada, une jeune étudiante en pharmacie de Nairobi venant d’être repérée et s’apprêtant à faire ses débuts en tant que mannequin. Un trio confronté à des choix significatifs, se devant prendre des décisions de carrière radicales en un laps de temps réduit. Toutes en pleine crise existentielle, que ce soit suite à un diagnostic médical pour le moins préoccupant (The Big C comme on dit aux États-Unis), à une difficulté à voguer vers un nouvel horizon professionnel ou à une arrivée inopinée dans un univers inconnu, ces femmes vont progressivement s’affirmer sur l’autel de la pression. Jusqu’à un final orageux, où les éléments se déchaînent pour mieux symboliser le tumulte intérieur de nos personnages, se devant d’avancer vers l’une des voies s’offrant à elles sur ce carrefour de la vie.

Fort de son scénario confectionné avec une précision d’orfèvre, l’Å“uvre doit également sa qualité au soin porté à la réalisation, Alice Winocour sachant poser une patine réaliste sur cette immersion dans les coulisses d’une grande maison de couture. La cinéaste profite de tous les lieux qui lui sont accessibles pour mieux appuyer les propos de son récit, captant le bouillonnement d’une industrie pouvant donner comme prendre. Que ce soit son temps ou sa santé. Et ajoutez à cela une direction d’actrices aux petits oignons, Angelina Jolie nous rappelant qu’elle a une palette de jeu des plus subtiles tandis que Ella Rumpf confirme son talent (tout comme Garance Mariller, qui a ici un rôle secondaire mais essentiel dans la diégèse du film). Mais la véritable surprise vient de Anyier Anei, mannequin prenant la lumière au cinéma, et réussissant à retranscrire à l’écran l’enthousiasme puis les fragilités de son alter-ego de fiction, Ada. Vous l’aurez compris, avec Coutures, Alice Winocour remporte une fois de plus les suffrages.

Coutures permet à Alice Winocour de confectionner un drame synonyme de plongée frémissante dans les arcanes de la mode, machine à rêves – où prestance rime avec exigeance.

© Pathé Films

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