Un an après Hors du Temps, Olivier Assayas effectue son retour à la réalisation via Le Mage du Kremlin, adaptation du roman éponyme de Giuliano da Empoli. Un long-métrage porté par Paul Dano, Jude Lao, Alicia VIkander, Tom Sturidge et Jeffrey Wright, qui nous entraîne dans une Russie en pleine mutation suite à la dislocation du Bloc Soviétique, synonyme de tous les possibles pour le meilleur comme pour le pire…

Passée une parenthèse bucolique, prise avec Hors du Temps, c’est un Olivier Assayas chargé à bloc qui se rappelle au bon souvenir de son public, avec un projet pour le moins dense, Le Mage du Kremlin, qui permet au cinéaste de s’éloigner de cet écrin de verdure qu’est la campagne française pour arpenter les paysages verglacés de la Russie – et revenir sur les rouages ayant mené à la tête de la nation un homme pour le moins controversé. Comme il l’avait déjà effectué par le passé, que ce soit avec Les Destinées Sentimentales et plus récemment Cuban Network, ce dernier a jeté son dévolu sur une Å“uvre littéraire pour alimenter sa filmographie – en l’occurence le best-seller écrit par Giuliano da Empoli (publié en 2022), ici transposé à l’écran, avec ferveur.

En résulte ainsi une plongée dans les arcanes du pouvoir russe s’enfonçant inéluctablement dans les abysses, s’appuyant sur l’ascension d’un protagoniste fictif – Vadim Baranov (se basant sur la figure quant à elle réelle de Valdislas Sourkov) artiste et producteur d’émissions de télé-réalité pour montrer la porosité entre les oligarques et les politiques, se servant les uns des autres pour marquer des points dans l’opinion. Et surtout pour écrire ensemble l’histoire d’un pays en quête d’un souffle nouveau. Par le biais d’un entretien aux allures de chant du cygne, le long-métrage joue de l’alternance entre le calme propre à l’introspection et l’effervescence d’un passé glorieux, afin de proposer une réflexion sur l’ordre et le chaos. Ou comment, en voulant jouer les marionnettistes, des personnes peu scrupuleuses et avide de contrôle, ont laissé entrer le loup dans la bergerie.

En filigrane de la trajectoire de Baranov, qui fait office de narrateur, se dessine ainsi la montée en puissance d’un membre du FSB (ex-KGB) au plus haut niveau de l’Etat. Un certain ‘Tsar’ nommé Vladimir Poutine, qui fera voler en éclats l’échiquier politique, en refusant de n’être qu’un pion. De ce point de bascule, naît la tension de ce thriller politique, Olivier Assayas profitant d’un script divisé en chapitres pour faire grimper les enjeux, alors que la Russie change de président – et ouvre une nouvelle page de sa troublante existence. De la guerre en Tchétchénie à l’annexion de la Crimée en passant par les préparatifs inhérents aux Jeux Olympiques de Sotchi, Le Mage du Kremlin remet en contexte les actions du régime poutinien, tout en verticalité. Un sujet fort, d’autant plus à l’aune de l’actualité, où la guerre en Ukraine fait toujours rage et fracture le continent européen.

Alliant écriture acérée et réalisation aux petits oignons, le long-métrage offre un éclairage saisissant sur une Russie hantée par les fantômes du passé, ce qui l’empêche de repartir sur des bases saines. Par avidité et cupidité, des puissants auront mis au sommet de la pyramide un nostalgique de l’URSS, déterminé à diriger son peuple d’une main de fer – quitte à semer la mort autour de lui. Un constat glaçant, ne cessant de faire chuter le thermostat alors que le scénario gagne en opacité. Ajouter à cela la performance de Paul Dano, impeccable dans le rôle de Baranov – son visage juvénile accentuant l’ambivalence de son alter-ego fictionnel – mais surtout de Jude Law qui, dès qu’il apparaît à l’écran, magnétise l’écran dans la peau de Vladimir Poutine. Loin d’être dans la caricature, l’acteur joue de son calme olympien et de ses yeux perçants pour camper un ‘Tsar’ pour le moins convaincant.

Avec Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas propose un thriller politique dense mais intense de près de trois heures, revenant avec ferveur sur l’expression du pouvoir, où la manipulation est érigée en art. De quoi mener aussi bien à l’ordre qu’au chaos.

© Gaumont

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