Quelques mois seulement après l’arrivée de Killer of Killers sur Disney +, Dan Trachtenberg poursuit son exploration du lore Predator – cette fois sur grand écran. Comprenant Elle Fanning, Dimitrius Schuster-Koloamatangi et Stefan Grube au casting, le long-métrage se concentre sur la quête d’un Yautja propulsé malgré lui sur une planète hostile…

En quatre décennies d’existence, la saga Predator aura vécu des aventures pour le moins mouvementées dans le milieu du septième art, cumulant succès et échecs au gré de ses aventures. Passé un énième échec au box office en 2018 avec l’opus proposé par Shane, 20th Century Studios (ou plutôt Disney) a joué la sécurité avec le long-métrage chapeauté par Dan Trachtenberg, Prey, préférant le proposer directement en streaming – ne croyant pas totalement à sa capacité à attirer la curiosité du public. Contre toute attente, l’inverse s’est produit, celui-ci ayant été au rendez-vous de ce préquel s’articulant sur le combat de Naru, une guerrière comanche chevronnée – incarnée par Amber Midthunder – se retrouvant à défendre avec hargne sa tribu face à la menace d’un fameux ‘prédateur.

Disposant désormais d’une totale liberté créative suite à cet essai réussi, le cinéaste s’est décidé à élargir comme il se doit la mythologie propre à notre chasseur venu d’ailleurs. Ce qui lui permet d’expérimenter à sa guise, quitte à faire grincer des dents. S’il a visé juste avec son deuxième essai (coréalisé aux côtés de Josh Wassung), Killer of Killers, anthologie animée sachant tirer profit de ce concept de voyage dans le temps initialement esquissé dans Predator II, Trachtenberg adopte une approche totalement différente pour son troisième voyage en territoire Yautja – qui se veut davantage accessible au grand public. Nous quittons ainsi la surface de la Terre pour suivre le parcours du combattant d’un vilain petit canard, cherchant à prouver qu’il est digne des siens.

Avec Predator : Badlands, l’équipe créative opère donc un changement majeur, l’antagoniste de la franchise devenant désormais le protagoniste de l’histoire. Au cÅ“ur de l’intrigue, la quête initiatique de Dek, membre ostracisé par son clan, se retrouvant par mégarde sur une lointaine planète suite à un conflit familial mortel. Un environnement se révélant être un terrain de chasse des plus hostiles pour ceux de son espèce. Livré à lui-même dans une nature sauvage et peuplée de redoutables créatures, notre extra-terrestre va se trouver une alliée improbable en la personne de Thia, androïde endommagée faisant office de soutien de poids dans sa recherche de l’adversaire ultime. Vous l’aurez compris, avec cet opus se dessine une lutte pour se libérer des diktats d’un peuple qui ne connaît que la loi du plus fort, afin de prouver que même au sein des Yautjas, il y a de multiples formes de sensibilités.

Au gré de l’avancée de ce héros en devenir sur ce purgatoire à ciel ouvert qu’est Genna, Dan Trachtenberg élargit le spectre d’une marque ne demandant qu’à s’épanouir, donnant de ce fait un autre sens à la violence qui était jusqu’ici sa marque de fabrique. En s’émancipant dans l’épreuve, Dek prend sa liberté, mettant de côté l’orgueil et la haine afin de s’élever intérieurement parlant. Un point crucial du scénario, pertinent, mais perdant malheureusement de sa profondeur à cause de grosses facilités d’écriture – dont une volonté d’instiller une atmosphère bon enfant pour faire baisser d’un cran la tension. Une légèreté contre-productive, les saillies entre le Yautja et sa camarade synthétique n’étant pas toujours de bon goût – de même que l’envie de mettre en avant une mascotte en la personne de Bud, une petit bébête certes toute mignonne mais paraissant de trop. Ajoutez à cela un dernier acte brouillon, avec un affrontement nocturne avec la fameuse Weyland-Yutani (petit à petit, le crossover Alien vs. Predator se concrétise) chaotique en termes de mise en scène et vous obtenez un volet qui laisse perplexe.

S’il n’est pas foncièrement mauvais, Badlands prend du plomb dans l’aile à cause de son script ayant du mal à tenir la distance accouplé à une réalisation oscillant entre moments de bravoure inspirés (les scènes d’introduction et de conclusion) et cadrages désordonnées. Reste la partition de Dimitrius Schuster-Koloamatangi, Yautja le plus ‘humain’ de la saga et d’Elle Fanning, qui campe ici avec conviction deux personnages diamétralement opposés, qui rehaussent le niveau. Si l’on salue son dévouement pour redorer le blason de Predator, sur ce coup-là Dan Trachtenberg se montre moins sûr de lui, tâtonnant avec cet angle héroïque – en dépit d’une excellent idée de départ. Le divertissement est de mise, ce qui ne fût pas le cas des propositions de Nimrod Antal et Shane Black par exemple (ne comptabilisons pas les AvP).

Avec Predator : Badlands, Dan Trachtenberg continue de s’amuser avec les codes de la franchise, opérant à un changement de taille en faisant du Yautja une figure héroïque, le tout dans un blockbuster manquant de finesse mais aussi de panache.

© 20th Century Studios

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