S’étant fait connaître à travers des vidéos humoristiques, Eva Victor voit sa carrière prendre son essor dans le milieu du septième art, passant à la réalisation après avoir tenu quelques seconds rôles sur grand écran. Pouvant compter sur la présence de Naomi Ackie, Lucas Hedges, Louis Cancelmi, Kelly McCormack ou encore John Carroll Lynch, ce premier essai intitulé Sorry, Baby se concentre sur le parcours fragmenté d’Agnès, professeure d’université marquée par un événement traumatique…

Figure émergente de la scène indépendante aux États-Unis, Eva Victor ne loupe pas le coche pour son passage derrière la camera, sachant infuser comme il se doit sa patte douce-amère d’un bout à l’autre de Sorry, Baby, une comédie dramatique tirant profit de ses non-dits et ses ellipses pour aborder de manière singulière la reconstruction de son moi intérieur.

Prenant le pas d’une chronique antéchronologique, le long-métrage dresse ainsi le portrait d’Agnès, prof de littérature dans une faculté de Nouvelle Angleterre, vivant recluse dans une charmante bicoque – devenu son refuge suite à un drame personnel. Un trauma dont les tenants et aboutissants se précisent au gré de l’avancée du scénario, notre cinéaste plaçant chaque pièce de son puzzle avec parcimonie, privilégiant la tendresse quant à l’évocation d’un sujet grave. Le viol. Ici, point de séquence choc pour augmenter d’un cran la dramaturgie ainsi que la tension, mais une certaine amertume – emprunte d’ironie. Une volonté créative renforçant avec tact le message passé quant à la réalité d’un tel acte et ses conséquences sur la personne l’ayant subie.

Car ce qui prime est le parcours résilient dans lequel s’embarque notre protagoniste, voyant ses certitudes quant à l’univers dans lequel elle gravite s’effondrer, notamment en découvrant à ses dépends que l’homme qu’elle considérait comme un mentor lui cachait sa part sombre. Comment réagir quand le ciel vous tombe sur sa tête ? De cette interrogation réside le cÅ“ur de Sorry, Baby, qui appuie sur le fait que chacun fait face à une agression de manière différente, il n’y a pas de mode d’emploi quant à la marche à suivre pour aller mieux et aller de l’avant. Ce que le spectateur comprend aisément en parcourant les chapitres de la vie d’Agnès mis en lumière, témoignant de ses hésitations face à ce qui lui est arrivée. Porter plainte ? Se venger ? Se replier sur soi-même ?

Aucune réponse n’est simple, ce qui est explicité par la deuxième partie du film, où les notions de justice et de culpabilité rentrent en ligne de mire, histoire d’opposer avec subtilité le côté juridique à l’aspect émotionnel d’une telle affaire. Et en parlant d’émotion, Eva Victor parvient à sensibiliser son auditoire en restant au plus près de son héroïne, qu’elle incarne superbement, dont on perçoit l’évolution à travers le prisme de l’amour – qu’il soit amical ou charnel. Sur ce point, le développement de la relation d’Agnès et de sa meilleure amie Lydie se veut le contre-poids idéal à ce coup du sort tragique, de leur lien fusionnel naissant un rayon de soleil ne pouvant être assombri par les nuages d’un réel bien trop brutal. De quoi aider à donner du corps à ce récit de réédification de soi, évitant les écueils qui s’offraient à lui.

Avec Sorry, Baby, Eva Victor passe avec brio de l’autre côté de la caméra, livrant un drame doux-amer sachant éviter les pièges se dressant sur sa route quant un sujet délicat. En résulte la chronique d’une reconstruction, où la subtilité prime.

© Wild Bunch

Laisser un commentaire

Trending

En savoir plus sur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture