Disponible en vidéo depuis le 19 août, Deux sœurs est le dernier long-métrage en date de Mike Leigh, qui n’était plus réapparu sur les écrans français depuis la sortie de Mr. Turner en 2014. Comprenant au casting Marianne Jean-Baptiste, David Webber et Michele Austin, ce nouveau cru se concentre sur la trajectoire d’une femme ne s’épanouissant plus dans son quotidien, se laissant envahir par la colère – au grand dam de ses proches…

Retour à la vie réelle pour Mike Leigh qui, passé deux ouvrages synonyme de voyage vers le passé, revient à notre époque actuelle afin de proposer une étude de personnages tel qu’il en raffole, laissant sa caméra filmer en toute quiétude des scènes du quotidien – riche en enseignements quant à la société dans laquelle nous évoluons. Ici le cinéaste britannique évoque ce mal du siècle qu’est la dépression, une épée de Damoclès pesant au dessus de tout à chacun, ce qu’il nous démontre par le biais d’un drame prenant des allures de huis-clos familial alors que l’on suit une cinquantenaire en proie à une colère constante, ne paraissant plus prendre goût à la vie.

Que ce soit au sein de son foyer ou dans la rue, Pansy laisse librement exposer son aigreur quant à sa condition de femme, d’épouse, de mère, préférant éructer des méchancetés et autres répliques cinglantes à ses proches – un trait de caractère utilisé dans un premier temps comme un marqueur comique, avant que le vide intérieur de notre protagoniste ne devienne un sujet à part entière dans le script de Deux sœurs (sur ce point là, apprécions son titre original Hard Truths plus à propos), gagnant ainsi en épaisseur. Si le réalisateur ne cherche aucunement à préciser les contours de ce mal-être, histoire que cette thématique garde une certaine universalité et touche le plus grand nombre, il use néanmoins de contrastes pour illustrer les états d’âmes de cette ‘desperate housewife’ et de son cercle intime.

Car derrière les conflits, les reproches, se précisent progressivement les doutes de ces personnes devant faire face à la détresse de celle avec qui ils partagent leur vie. En particulier sa sœur Chantelle, dont la présence permet de donner du corps à cette quête de contradiction, les interactions entre les frangines – en cette période clé de la fête des mères – ne manquant ni de panache, ni de cœur. Et pour tenter de comprendre les réactions pour le moins ambivalentes de Pansy, donner le champ libre à Marianne Jean-Baptiste se révèle être un choix judicieux de la part de Mike Leigh – qui l’avait déjà dirigé il y a près de trois décennies dans Secrets et Mensonges – l’actrice laissant transparaître avec forces le tumulte intérieur de son alter-ego fictionnel.

Grâce à sa partition, Deux sœurs prend de la hauteur, l’intensité de jeu de notre tête d’affiche (et de ses comparses Michele Austin et David Webber) aidant à passer outre les quelques fluctuations du récit, qui ne semble pas savoir quand apposer son point final.

Deux sœurs permet à Mike Leigh d’aborder la dépression à travers un drame riche en contrastes où derrière les coups de gueule se cachent des blessures intimes, le tout servi par une distribution investie à la cause du cinéaste.

© Diaphana Distribution

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