Un mois à peine après la sortie de Presence, Steven Soderbergh vient de se rappeler à notre bon souvenir avec son deuxième film de l’année, The Insider, porté par Michael Fassbender, Cate Blanchett, Naomie Harris, Tom Burke, René-Jean Page, Marisa Abela et Pierce Brosnan. Au menu de cette nouvelle incursion dans le thriller d’espionnage, la quête d’un agent secret pour démasquer une taupe opérant au sein de son service de renseignement – qui pourrait être une personne dont il est proche, très proche…

Passée une courte parenthèse aux frontières du réel, Steven Soderbergh se réessaye à l’exercice du film d’espionnage, un genre dans lequel il s’était immergé il y a maintenant plus d’une décennie avec Piégée. Mais pour ce retour aux affaires, exit l’action, le cinéaste prenant le contrepied de ce qu’il avait entrepris auparavant, adoptant avec The Insider un style clinique ne manquant pas de raffinement, histoire de proposer un jeu de dupes avançant avec une précision chirurgicale ses pions pour mieux semer la graine du doute dans l’esprit des spectateurs.

Un sentiment de suspicion prenant de l’ampleur au gré de l’avancée du long-métrage, alors que se décante doucement mais sûrement le vrai du faux d’une machination se dessinant avec un trait fin mais précis. Lorgnant du côté d’un John Le Carré (l’expert de ce domaine dans la littérature) le cinéaste prend un malin plaisir à flouter cette fameuse ligne de crête entre raison et sentiments afin de donner un supplément d’âme à son récit dont le principal enjeu est somme toute classique dans sa forme. Débusquer une taupe, ayant en sa possession un logiciel pouvant changer la face du monde si utilisé à mauvais escient. Un postulat servant de prétexte à une étude psychologique quant à la question de la fidélité dans un milieu où la manipulation est érigée en maître. De cette réflexion, le scénariste David Koepp – inséparable de Soderbergh depuis KIMI – tisse une traque rondement menée où la recherche de la vérité va de pair avec la divulgation de l’intimité.

Officiant dans un service de renseignements britannique, George Woodhouse, passé maître dans l’art de cerner l’être humain (notamment grâce à son outil de prédilection, le polygraphe) se retrouve face à un dilemme de taille en apprenant que parmi les traîtres à sa nation pourrait figurer Kathryn, l’amour de sa vie. Sa femme suit-elle un agenda secret ? Et si oui, doit-il la dénoncer ? Des questions amenant notre protagoniste à redoubler de vigilance dans sa mission, l’ennemi pouvant dormir sous le même toit que lui. De cette information confidentielle – révélée d’entrée de jeu – The Insider en fait son arme fatale, l’ambiguïté inhérente aux actions de chaque parti de ce couple rebattant discrètement les cartes de cette partie de poker-menteur s’opérant devant nos yeux. Nos tourtereaux ont-ils des choses à cacher ? Leurs collègues tentent-ils de se servir d’eux pour arriver à leurs fins ?

Vous l’aurez compris, Koepp veut berner son auditoire et pour s’y faire met en place un système narratif reposant sur l’opposition, moments de confession et non-dits venant constamment remettre en question la culpabilité probable de la taupe se trouvant sur la liste des suspects de George. En se partageant entre dialogues ciselés et ellipses, la trame de ce thriller tout en flegme parvient savamment à faire grimper la tension à bonne température, laissant par la suite le soin à ses acteurs et actrices de porter celui-ci à ébullition. Et grâce au savoir-faire de Steven Soderbgerh, qui sait exactement comment diriger ses troupes, la magie opère, en particulier à une mise en scène millimétrée – ne laissant ironiquement aucunement place au doute. Devant sa caméra, Michael Fassbender et Cate Blanchett se montrent redoutables avec une prestation d’apparence stoïque mais laissant subrepticement transparaître les incertitudes de ce couple d’agents dans le viseur d’un possible complot. Et si notre tandem tient la dragée haute, leurs acolytes ne sont pas en reste, Naomie Harris, Tom Burke, René-Jean Page, Marisa Abela et Pierce Brosnan aidant à donner du corps à cette plongée dans les eaux troubles dans l’univers de l’espionnage qu’est The Insider.

Avec The Insider, Steven Soderbergh s’immerge à nouveau dans l’univers de l’espionnage afin d’initier un thriller synonyme de jeu de dupes intime, tirant profit de son climat de suspicion – et de la partition de sa distribution – pour donner du corps à son intrigue reposant sur un canevas aux contours classiques.

© Universal Pictures

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