Diffusée il y a peu sur le réseau NRK en Norvège, Requiem for Selina s’est dévoilée en avant-première française lors du festival Séries Mania, se voyant récompensée du Prix des Lycéen dans la catégorie Panorama International. Créée par Emmeline Berglund (Paradise Hotel, Hjerteslag) et comprenant Elli Müller Osborne, Veslemøy Mørkrid, Pål Sverre Hagen, Jon Øigardenou encore Oliver Sletvold Andersen au casting, cette série dramatique se centre sur la quête de célébrité d’une des premières blogueuses du pays…
Ayant fait ses armes en tant que scénariste, Emmeline Berglund montre de quel bois elle se chauffe avec sa première série en tant que showrunneuse, synonyme d’expédition au cœur des années 2000, époque charnière de l’ère 2.0 avec l’émergence de célébrités issu du web et de la trash TV. Un contexte lui servant à alimenter Requiem for Selina, drama pop et acidulé s’articulant sur ce paradis artificiel qu’est le star-system, broyant les âmes au profit de l’envie, de la luxure et de la soif de reconnaissance.
N’y allant pas par quatre chemins, le show nous présente une feuille de route claire et limpide, sa volonté étant de raconter le destin tragique d’une adolescente se laissant prendre dans la toile de la blogosphère, pour mieux céder aux sirènes du buzz et accéder à un monde de tous les possibles. Ou quand le poids des mots amène à un changement drastique de personnalité, postulat d’une ascension chaotique vers la gloire. Sur les trois épisodes présentés à Séries Mania (sur six), la créatrice – officiant également au scénario – joue volontairement la carte du cynisme pour évoquer le destin hors-normes de sa protagoniste, Selina, adolescente à la personnalité complexe, ayant des rêves de grandeur et tentant le tout pour le tout pour s’extirper de son quotidien ordinaire dans son petit patelin norvégien. Ce que son jardin secret en ligne va ironiquement permettre, la réception de ses textes (prenant de grandes distances avec la réalité) lui faisant quitter l’anonymat.
Un point de départ aidant Requiem for Selina à devenir un objet cynique à part entière, bien aidé par son ancrage temporel. À cette époque, internet commençait tout juste à prendre une place de choix dans les foyers, la mode des blogs démarrant à peine pour le meilleur et pour le pire, amorçant inéluctablement ce goût pour la provocation qui fît sensation dans une multitude de domaines. Ce qui fait le sel de la série, Emmeline Berglund tirant profit de l’ébullition propre à cette décennie pour dézinguer les travers de cette société du paraître, qui n’a fait que s’amplifier avec le temps et l’avènement des influenceurs. Comme l’entourage de Selina, le spectateur ne peut que constater l’évidence, la jeune Selina s’engage sur un terrain glissant, dont elle ne ressortira qu’une fois totalement engloutie par son ego – et ce système médiatique l’utilisant à ses propre fins.
Un jusqu’au-boutisme assumé, renforçant le propos de ce drame acerbe, faisant de sa star en devenir une martyre post-moderne en approche. Un point accentué par la réalisation tape-à-l’œil de Rikke Gregersen et Ole Sebastian Kåss, véritable plus-value à la qualité de cette chute libre égotique, avec des séquences trash à la clé (dont une opération de chirurgie esthétique peu ragoûtante rappelant l’esprit de Nip/Tuck). Et n’oublions pas la performance électrique d’Elli Müller Osborne, parfaitement dirigée par Gregersen, donnant littéralement de sa personne pour attirer l’attention dans la peau de SelinaCélina Isabelle et y parvenant avec justesse – l’actrice étant l’attraction phare de la série. À voir désormais comment s’achève Requiem for Selina (peut-être que dans un futur plus ou moins proche un diffuseur la proposera en France) mais en tout cas avec cette première partie clinquante cette dernière ne ment pas sur la marchandise, étant ce divertissement insolent qu’elle prétendait être.
