Un an après Charlotte Salomon, la jeune fille et la vie qui fût diffusé sur Arte, Muriel Coulin et Delphine Coulin effectuent leur retour dans le milieu du septième art avec Jouer avec le feu. Comprenant au casting Vincent Lindon, Benjamin Voisin et Stefan Crépon au casting, le long-métrage se centre sur les déboires d’un père ne pouvant que constater la dérive de son fils aîné vers un groupuscule d’extrême droite…
Passée une courte parenthèse dans le milieu documentaire, Muriel et Delphine Coulin reviennent dans le milieu du cinéma avec Jouer avec le feu, transposition sur grand écran du roman Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin, un écrin leur permettant de se consacrer à la fracture progressive d’une famille survenant sur l’autel du radicalisme. Ou quand le goût pour la violence amène à se laisser entraîner sur la mauvaise pente, sans que personne ne puisse rien n’y faire.
En reprenant dans les grandes lignes leur modèle littéraire, le tandem de cinéastes trouve le matériel nécessaire pour analyser le rapport de la jeunesse à la violence, au repli sur soi, soient des sujets pertinents – d’autant plus dans une société s’abandonnant progressivement aux idées d’extrême-droite. Mais alors que l’on pensait que ces dernières, qui officient au scénario, aborderaient de manière frontale la descente d’un jeune adulte vers d’obscurs groupuscules, notamment via le prisme du sport (que ce soit le football ou le MMA, comme explicité dans le métrage), force est de constater que nos sœurs privilégient l’angle intime pour montrer les conséquences de ce choix.
Ainsi, ce glissement progressif vers la haine s’effectue à travers le craquèlement de la structure familiale, où les rapports de forces s’inversent inéluctablement, dans l’incompréhension la plus totale. Un dénuement symbolisé par la figure de Pierre, ce cheminot tentant du mieux qu’il peut d’élever ses deux enfants dans un cadre où l’écoute et la tolérance sont des valeurs primordiales. Et si Louis, le cadet, avance facilement dans la vie, son aîné Fus lui se cherche davantage, un tâtonnement l’amenant à se renfermer, à exprimer sa frustration sous une forme de brutalité. Un bouillonnement intérieur l’amenant à être séduit par des doctrines contraires à celles de son foyer. Soit le début d’une lente dérive pour ce fils paumé s’écartant du droit chemin à la grande confusion de son géniteur, n’ayant aucune solution concrète pour empêcher ce basculement vers l’hostilité, ce qui est le moteur de Jouer avec le feu.
Une volonté de s’éloigner du manichéisme primaire qu’aurait pu engendrer une telle intrigue – avec en ligne de mire l’opposition entre gauche et extrême-droite – ce qui est une bonne chose, l’essentiel de ce drame humain résidant dans les non-dits, que ce soit en termes de dialogues ou de mise en scène. Muriel et Delphine Coulin savent s’effacer quand il le faut pour laisser place au numéro d’acteurs que nous avons là avec ce trio père/fils, pièce maitresse du film, en particulier les prestations de Vincent Lindon, Benjamin Voisin et Stefan Crépon (qui aurait mérité davantage de temps de présence pour s’exprimer) qui parviennent à apporter de la nuance à ce récit d’émancipation prenant corps dans la douleur – comme le rappelle amèrement son dernier acte, parachevant la trajectoire de Fus, ce fils se perdant dans les limbes de l’obscurantisme.
À travers Jouer avec le feu, Muriel et Delphine Coulin exposent les dérives de l’extrémisme en privilégiant le drame humain au plaidoyer pur et simple, ce qui amplifie l’amertume propre à ce basculement vers la haine ici narré – avec tact.
