Moins d’un an après Les Derniers Hommes, David Oelhoffen effectue son retour derrière la caméra avec Le Quatrième Mur, adaptation du roman éponyme de l’écrivain français Sorj Chalandon. Comprenant au casting Laurent Lafitte, Simon Abkarian, Manal Issa, Bernard Bloch, Tarek Yacooub ou encore Nasri Sayegh, le long-métrage nous entraîne au cœur du Liban déchiré des années 80, afin de suivre un metteur en scène français dans un projet utopique et pour le moins risqué vu le contexte : monter une pièce de théâtre.
Pour sa cinquième réalisation, David Oelhoffen adapte à l’écran Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon, récompensé du Goncourt des lycéens en 2013, écrin de choix lui permettant de poursuivre sa réflexion quant à la condition humaine en temps de guerre – abordée dans Les Derniers Hommes – avec un drame mené de main de maître s’enfonçant inéluctablement vers le front de la tragédie. Ou quand l’espoir de meilleurs lendemains ne devient qu’un mirage sur l’autel de l’horreur.
Officiant à l’écriture, le cinéaste reprend les éléments faisant la force narrative de son modèle afin de proposer une plongée suffocante dans le Liban des années 80, alors en proie à un conflit intestin, dont les conséquence s’exposent à travers les yeux d’un protagoniste occidental n’ayant aucune réelle connaissance quant à la réalité du pays dans lequel il met les pieds. En l’occurrence Georges, un metteur en scène se rendant à Beyrouth afin de respecter la promesse faite à un ami de longue date, à savoir superviser une représentation d’Antigone de Jean Anouilh et ce aux côtés d’une troupe d’acteurs provenant de différents camps politiques et religieux – que ce soit des sunnites, chiites, arméniens ou encore maronites – histoire d’offrir un instant de partage et de fraternité au milieu d’une nation s’entredéchirant.
Un projet utopique servant de point de départ au parcours de Georges et sa troupe d’infortune, cherchant à faire fi des dissensions pour proposer un moment suspendu. Au gré de cette expérience commune, se créé alors une famille théâtrale, les répétitions étant propice à la complicité, chacun profitant de ces moments pour s’évader d’un quotidien pour le moins difficile, ce qui alimente une première partie de métrage en clair-obscur, le spectre de la guerre restant à peu de choses près aux portes du théâtre où nos personnages interagissent, qui fait office de refuge temporaire. Car, comme le souligne son titre, Le Quatrième Mur va briser avec fracas cette fenêtre entre la fiction et la réalité pour nos acteurs en herbe et leur metteur en scène, le Liban sombrant vers l’abîme, entraînant tout le monde vers le fond.
Fort de son scénario retors, le film monte alors en pression dans ses deux actes suivants, sonnant le glas de la bienveillance pour mieux basculer vers l’horreur. Ainsi, la tragédie propre à Antigone s’efface pour mieux laisser place à la tragédie de la vie, tandis que George (et par extension le spectateur) devient le témoin malheureux des bassesses de l’Homme. L’horizon s’obscurcit, le spectre de la mort apparaît alors que se joue désormais un requiem pour un massacre, avec son lot de victimes collatérales, le tout pour un résultat saisissant. Cette poudrière qu’est Beyrouth s’embrase, emportant tout sur son passage, comme le traduit la réalisation de David Oelhoffen, privilégiant les cadres larges de même que les plans séquences pour mieux témoigner de cette folie qu’est la guerre.
Point d’orgue de ce soin porté à la spatialisation, que ce soit une scène de bombardement au cœur d’un hôpital ou la déambulation d’un Laurent Lafitte hagard (l’ancien pensionnaire de la Comédie-Française trouve là l’un de ses meilleurs rôles), découvrant pas à pas la barbarie perpétrée dans l’enceinte du camp de Chatila. Des passages suscitant l’effroi et une colère froide, renforçant la dimension dramatique de l’œuvre, qui se clôt sur un climax synonyme de point de non retour. Puissant.
Avec Le Quatrième Mur, David Oelhoffen trouve un écrin de choix (le roman éponyme de Sorj Chalandon) pour aborder les ravages de la guerre sur l’âme humaine, celle-ci s’évaporant sur l’autel de l’horreur, comme démontré implacablement par le cinéaste.



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