Deux ans après Les Repentis, la réalisatrice Icíar Bollaín effectue son retour derrière la caméra avec L’Affaire Nevenka, long-métrage comprenant Mireia Oriol, Urko Olazabal, Lucía Veiga ou encore Carlos Serrano au casting et revenant sur le premier cas de #MeToo politique en Espagne, au début des années 2000.

Que ce soit devant ou derrière la caméra, Icíar Bollaín aura su prouver tout du long de sa carrière être une artiste engagée, évoquant frontalement des thématiques sociétales, dont la condition féminine, comme nous avions pu le voir notamment dans Ne dis rien, réalisé en 2003. Une œuvre forte, démontrant de l’impact des violences conjugales et de la difficulté de se sortir du joug de son son oppresseur, trouvant aujourd’hui un nouvel écho à travers L’Affaire Nevenka, drame austère permettant à la cinéaste madrilène d’appuyer plus âprement son propos quant à ce patriarcat pouvant se révéler toxique.

Pour s’y faire, cette dernière s’inspire de faits réels, revenant sur l’une des figures du droit des femmes sur le territoire espagnol, l’économiste Nevenka Fernández, qui est devenue une figure précurseuse du mouvement #MeToo en devenant en 2002 la première à obtenir la condamnation d’un homme politique. En l’occurrence Ismael Álvarez, maire de Ponferrada (ville située dans la province de León) qui fît de l’existence de la conseillère municipale un enfer, abusant de sa position pour abuser de sa victime. Un cas de harcèlement sexuel abordé sans détour, la distance prise par la mise en scène d’Icíar Bollaín servant à accentuer le malaise du spectateur, déstabilisé par l’ampleur de cette histoire pour le moins glauque mais tristement vraie.

En articulant son récit sur les éléments clés menant à la détresse de Nevenka, travailleuse acharnée se retrouvant prise en étau professionnellement et personnellement, le film expose le mécanisme retors de l’emprise, les scènes du quotidien devenant le théâtre de scène progressivement anxiogène, tandis que se referme sur notre protagoniste un piège dont il semble impossible de se sortir. Comment dénoncer la nocivité d’un homme public sachant tirer profit de son image, d’autant plus à l’approche d’élections décisives ? Telle est la problématique centrale des deux premiers actes de L’Affaire Nevenka, qui relate de manière saisissante le chemin de croix que représente la libération de la parole, se concentrant sur la décrépitude physique et morale de son héroïne, devant se battre comme une lionne pour trouver ne serait-ce qu’un soutien de ses pairs.

Un parcours sinueux et éprouvant, trouvant sa conclusion dans un derniers tiers retranscrivant avec précision le procès intenté par la jeune femme, qui défraya la chronique à l’époque et mit en évidence la pression pesant sur ses épaules, sa sincérité étant sans cesse remise en cause. Une inversion accusatoire achevant de semer les graines de la colère, Icíar Bollaín s’effaçant pour laisser autant d’espace que possible à Mireia Oriol, dont la partition à fleur de peau dans cette partie judiciaire – mais également dans l’ensemble du métrage – aide à nous sensibiliser à cette affaire Nevenka Fernández, qui fît date sur la scène politique espagnole.

Inspiré de faits réels, L’Affaire Nevenka permet à Icíar Bollaìn de livrer un drame glaçant évoquant sans fards l’épreuve que représente la libération de la parole dans le milieu politique, où l’omerta règne en maître.

© Epicentre Films

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