Deux ans après Les Nuits de Mashhad, qui permit à Zar Amir d’être récompensée du Prix d’interprétation féminine lors du 75e festival de Cannes, le réalisateur iranien Ali Abbasi s’est envolé au pays de l’Oncle Sam pour trouver le sujet de son nouveau film, The Apprentice. Soit un biopic revenant sur l’émergence d’un certain Donald Trump dans le milieu des affaires à l’aube des années 80…
Pour son troisième long-métrage, Ali Abbasi s’intéresse à une figure pour le moins controversée de la politique américaine, qui aura su passer du monde des affaires au bureau oval. Donald Trump alias le 45e et désormais 47e Président des États-Unis (oui nous avions gardé cette critique au chaud pour la dégainer le lendemain des élections US), un homme redoutable, dont les frasques font la une des médias du monde entier depuis un bon moment déjà. Dans ce contexte où le milliardaire ne cache rien de ses idées ni de ses plans pour l’Amérique qu’il veut rendre « great again », que raconter ?
Cherchant à éviter le biopic pur et simple digne d’une page Wikipedia, le cinéaste se concentre sur une période clé de l’historique Trump, à savoir la décennie 70/80, cruciale dans son évolution. Une champ d’action réduit, servant ainsi à alimenter un conte satirique, où le goût pour le pouvoir va de paire avec la perte de boussole morale. Pour arriver au sommet, tous les coups sont permis, ce que va apprendre notre entrepreneur, tentant de faire ses preuves dans l’immobilier comme son magnat de père – un être imbuvable, se retrouvant attaqué en justice. Une affaire faisant office de point de départ à The Apprentice, drame faustien évitant la caricature (un piège dans lequel il est facile de tomber connaissant le personnage) pour narrer la naissance d’un requin aux dents acérées, se préparant à naviguer dans les hautes sphères de la société.
Une success-story rendue possible grâce à l’intervention d’un homme, Roy Cohn, un avocat conservateur aux méthodes douteuses, décelant du potentiel en ce jeune homme se présentant à lui pour aider à sauver l’empire familial. De quoi initier une relation de mentor et disciple, le premier apprenant les ficelles au second pour mieux l’aider à devenir ce businessman sans foi ni loi que l’on connaît tous. Si sa phase d’exposition aurait gagné à être raccourcie, le long-métrage trouve finalement son rythme, faisant grimper les enjeux – et la tension – alors que se façonne devant nous un Donald J. Trump carnassier, prenant la confiance en apprenant les règles insidieuses nécessaires pour concrétiser ses ambitions.
Sous l’œil cynique d’Ali Abbasi, qui adopte une démarche presque documentaire en termes de mise en scène – renforçant la froideur propre à cette quête du pouvoir – notre protagoniste gravit avec ferveur l’échelle devant le mener au sommet, prenant finalement du galon dans un costume à l’origine trop grand pour lui, se muant en ce salaud avec si peu de scrupules que voulait voir surgir Cohn. En atteste le fil rouge du scénario s’articulant sur le rachat de l’hôtel Commodore puis l’érigation de la fameuse Tour Trump, symbole de sa puissance (et d’un ego désormais démesuré) ainsi que l’arrivée d’Ivanka dans son quotidien.
Des éléments donnant du poids à The Apprentice, qui se révèle un exercice filmique intriguant à suivre, notamment grâce à la performance de Sebatian Stan, qui campe un Donald Trump convaincant en évitant de se contenter de singer le modèle d’origine. À ses cotés, Jeremy Strong électrise l’écran en pretant ses traits à l’implacable Roy Cohn, être plus complexe qu’il n’y paraît à la surface, notamment en ce qui concerne sa sexualité. Des performances solides captées par un Ali Abbasi évitant la plupart des pièges se dressant sur son chemin.
Avec The Apprentice, Ali Abbasi prend un billet pour l’Amérique, terre de tous les possibles (peu importe les moyens employés) afin de réaliser un conte emprunt de cynisme mettant en lumière la naissance d’un requin des affaires, le redoutable Donald J. Trump. Un exercice filmique permettant au cinéaste de sortir quelque peu du cadre du biopic formel.
