Moins de deux ans après Morbius, le Sony’s Spider-Man Universe poursuit avec Madame Web, réalisé par S.J. Clarkson. Comprenant au casting Dakota Johnson, Sydney Sweeney, Celeste O’ Connor, Isabela Merced, Adam Scott, Tahar Rahim ou encore Emma Roberts, ce nouvel opus se centre sur Cassandra Web, une ambulancière se découvrant à la suite d’un traumatisme un don de voyance…
Initié en 2018 avec Venom, le Spider-verse de Sony Pictures, consacré aux personnages issus de l’univers de l’Homme-Araignée, se développe progressivement pour mieux attraper dans sa toile les amateurs des aventures de Peter Parker. En cinq ans d’existence, le public a pu constater à quel point le studio balbutiait dans la construction de cette franchise parallèle, devant non sans mal exister sans son principal protagoniste. Si les deux opus mettant à l’honneur le Klyntar et son hôte Eddy Brock, respectivement mis en scène par Ruben Fleischer et Andy Serkis, ont été des succès financiers à défaut de plaire à la critique et à une bonne partie du public, les choses se sont corsées avec Morbius, qui n’a pas suscité d’intérêt – à part de la moquerie sur les réseaux sociaux.
Déjà arrivé à un carrefour de son existence en l’espace de trois opus, ce monde gravitant autour de Spider-Man et sa mythologie se devait de revoir sa copie afin de parvenir à prendre une direction un minimum intéressante pour les fans. Dans cette optique, Madame Web laissait présager d’une remise en question de la part du studio, se consacrant désormais à une alliée de notre super-héros arachnéen, Cassandra Webb, dont l’origine-story nous est conté ainsi que celle de deux Spider-Women et une Spider-Girl, à savoir Julia Carpenter, Mattie Franklin et Anya Corazon. Un quatuor se situant du bon côté de la force qui, sur le papier pouvait donner lieu à un changement de direction salutaire pour cette franchise aux fondations des plus fragiles. Ayant travaillé sur Jessica Jones et The Defenders sur le petit écran, la réalisatrice S.J. Clarkson s’est vue confier une tâche qui était donc dans ses cordes pour son arrivée dans le milieu du septième art, restant ainsi dans un genre qu’elle connaît bien. Soient des signes prometteurs, qui laissaient espérer une réelle progression en terme de qualité et de production. Hélas, en dépit de maigres efforts de la part de la cinéaste, les têtes pensantes de Sony ne semblent pas encore prêt à changer leur fusil d’épaule, se contentant de peu pour conserver la main sur une mythologie qui mériterait à se développer ailleurs, notamment au sein du Marvel Cinematic Universe.
Là encore, le marketing entourant le long-métrage se révèle être une tromperie, bandes annonces et matériaux promotionnels servant de cache-misère à un blockbuster bâclé ne tenant aucune de ses promesses. Madame Web se veut en réalité un pari sur l’avenir, offrant quelques miettes super-héroïques pour que le spectateur réponde à l’appel. Si vous vous attendiez à des moments de bravoure entre nos protagonistes et leur ennemi commun, Ezekiel Sims, passez votre chemin car vous ne pourrez être que déçu. Se jouant du pouvoir de Cassandra Webb – et de son némésis – l’intrigue imaginée par la réalisatrice, Matt Sazama, Burk Sharpless et Claire Parker, nous présente un avenir qui restera à l’écran de l’ordre de l’illusion, préférant se concentrer sur un présent malheureusement foutraque scénaristiquement parlant. Ancré au début des années 2000, cet opus du Sony’s Spider-Man Universe tente de lier maladroitement la trajectoire de notre personnage central et ses protégées à celle de Peter Parker, introduisant Ben et sa soeur Mary Parker dans la partie. Un choix peu judicieux dans la mesure où cela permet à l’équipe créative de multiplier les clins d’oeil sur le destin de ces derniers et d’un certain bébé à naître, sans que cela ne soit pertinent.
Un parasitage en règle apportant une preuve supplémentaire à la vacuité de cet univers qui n’avait pas lieu d’être, surtout lorsque les seconds-couteaux choisis pour être au sommet de l’affiche ne sont pas assez étoffés pour porter un film dans son entièreté, à l’exception pour le moment d’Eddie Brock/Venom. Ainsi, tout comme Morbius, Madame Web n’a que trop peu d’atouts dans sa besace pour être une pièce maîtresse sur cet échiquier, d’autant plus lorsque les scénaristes eux-mêmes ne savent pas réellement capitaliser sur ses capacités. Avec ce don de voyance, moteur du long-métrage car servant de motivation à cette dernière et son ennemi pour passer à l’action, il y avait clairement mieux à faire pour que la tension soit au rendez-vous. Sauf que le script se déroulant devant nos yeux ne fait qu’effleurer son côté thriller, réduisant drastiquement la menace d’Ezekiel Sims. La mission de sauvetage de Cassandra Webb, se devant de sauver Julia Carpenter, Mattie Franklin et Anya Corazon d’une mort certaine des griffes de cette figure de l’ombre obsédé par son futur se mue de ce fait en une fuite en avant synonyme de session baby-sitting malvenu.
Et si l’on pensait que son dernier acte allait inverser la vapeur et proposer un tant soit peu de divertissement, les facilités d’écriture s’enchaînent pour annihiler toute volonté de montée en puissance, avec un ultime affrontement ridicule – peu aidé par une mise en scène hachée où les cuts laissent transparaître un montage chaotique. Si par moments S.J. Clarkson tente des choses, avant tout durant la séquence clé du train où le don de prescience de Cassandra est visuellement utilisée à bon escient, d’une manière sa réalisation laisse à désirer. Même constat niveau direction d’acteurs, la majorité de la distribution se demandant ce qu’elle fait dans cette galère, à commencer par Dakota Johnson, totalement détachée de son personnage, récitant ses lignes de dialogues sans réelle envie de rehausser le niveau. Et que dire de notre pauvre Tahar Rami qui, s’il a le droit à un Spider-costume pour donner le change, n’a littéralement rien à jouer et à dû ré-enregistrer la majorité de ses textes en post-production en version originale, ce qui est désagréable à l’oreille. Bref encore un beau gâchis au sein du Spider-verse de Sony Pictures.
Ne cherchant plus à modifier une formule qui perd, Sony Pictures continue de tisser la toile de son Spider-Man Universe sans réelle recherche de qualité et le prouve une fois de plus avec Madame Web, blockbuster dénué d’âme faisant peine à voir.
