Pour son premier passage derrière la caméra, avec Ma Nuit, Antoinette Boulat s’entoure de Lou Lampros, Tom Mercier, Carmen Kassovitz, Angelina Woreth, Lucie Saada ou encore Emmanuelle Bercot pour nous faire suivre les déambulations nocturnes de Marion, une jeune fille dix-huit ans marquée par un événement tragique…  

Connue dans le milieu du septième art en tant que directrice de casting, Antoinette Boulat passe à une étape supérieure de sa carrière en s’attelant à son premier long-métrage. Une nouvelle expérience qui se solde par Ma Nuit, drame fragile traitant de thématiques délicates telles que le deuil et les difficultés propre au passage à l’âge adulte, prenant la forme d’une errance à la fois physique et psychologique.

Officiant aussi bien à la réalisation qu’à l’écriture, avec l’aide d’Anne-Louise Trividic et François Choquet, la cinéaste en herbe prend le pouls d’une jeunesse désœuvrée, ne sachant pas comment appréhender leur tumulte intérieur, comment gérer leurs émotions. Pour s’y faire, l’intrigue prend de manière littérale le chemin de l’introspection, s’articulant sur la marche d’une âme en peine, se sentant à la marge. En l’occurrence ici Marion, jeune-fille de dix-huit ans ne parvenant toujours pas à faire le deuil de la disparition de sa sœur, cinq ans après son décès. Un drame brisant à tout jamais son équilibre ainsi que celui de sa famille, complètement disloquée depuis cet événement des plus tragiques. N’étant plus que l’ombre d’elle-même, notre protagoniste flotte dans un monde allant à cent à l’heure – tandis que cette dernière reste à l’arrêt. Le point de départ d’un canevas dont on connaît par cœur les contours, où un voyage existentiel amène à une éclaircie dans le sombre quotidien de la personne concernée.

Peu de surprise à l’horizon donc, la route étant suffisamment balisée pour ne pas perdre le fil tissé par le scénario, mais cela n’empêche pas de se laisser petit à petit embarquer dans cette déambulation grâce à l’instauration d’une atmosphère suspendue, renforçant le malaise de son héroïne. Ainsi, passé une première partie où la fuite de Marion au sein de membres de sa génération a pour seul intérêt de souligner sa marginalité, une rencontre fatidique va changer la donne et capter notre attention. Dans ce Paris obscur et désertique, apparaît tel un mirage la figure d’Alex qui, par un concours de circonstance, va se retrouver à faire un pas de deux avec cette inconnue dont il vient de croiser le regard. Se reposant sur le magnétisme de son tandem principal, Lou Lampros et Tom Mercier électrisant l’écran grâce la direction maîtrisée d’Antoinette Boulat, Ma Nuit prend son envol, tirant profit de son rythme enlevé.

La danse verbale et gestuelle se mettant en place entre notre tandem solitaire donne lieu à des moments intimistes où les peurs et les doutes deviennent concrets, la parole venant agir comme un pansement sur les douleurs et la souffrance. La balade prend alors un tournant tout en délicatesse, le rapprochement de ces deux êtres esseulés venant mettre du baume sur ces blessures de l’âme – le temps d’un moment de communion. Ce que la mise en scène de la réalisatrice vient subtilement appuyer, le format choisi (1.37:1) aidant à donner un impact supplémentaire à ces errements, en faisant de Paris le troisième protagoniste central du film, la caméra perdant son duo dans ces décors vides et peu éclairés afin de symboliser ce climat de désillusion. Un habillage soigné, venant donner le change à un scénario somme toute classique et lui conférer une âme.

S’il doit composer avec les maladresses d’un premier film, à commencer par une intrigue convenue, Ma Nuit n’en reste pas moins une belle petite proposition, Antoinette Boulat parvenant à créer une atmosphère singulière avec cette balade intimiste propre à l’introspection, qui vaut le coup d’œil pour sa mise en scène feutrée et la partition sensible de son duo principal.

© Epicentre Films

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