Après une production compliquée, marquée par le départ de Zack Snyder suite à un drame familial et son remplacement par Joss Whedon, Justice League avait débarqué sur grand écran sans créer l’événement, les critiques étant mitigés, de même que les retours du public, le long-métrage n’ayant amassé au final « que » 657,9M$ de recettes dans le monde alors que la barre du milliard de dollars était en ligne de mire. Quatre ans après ce semi-échec, qui avait bouleversé les plans de Warner Bros quant au DCEU, l’univers cinématographique de DC Comics, qui aurait pu croire que nous verrions la version voulue par Snyder ? Peu de monde.

Et pourtant, suite à une campagne intensive menée par les fans du réalisateur, la fameuse opération nommée #ReleaseTheSnyderCut, nous pouvons aujourd’hui découvrir Justice League dans la version voulue par ce dernier. Cette Snyder’s Cut offre t-elle une expérience différente de celle proposée par Joss Whedon ?

Le jour et la nuit. Telle est l’expression qui correspond après la vision de Zack Snyder’s Justice League qui réhabilite une œuvre malmenée à travers un récit épique, développant une intrigue qui s’avère avec le recul moins confuse, moins précipitée que ce que la version de 2017 nous faisait croire.

Ce qui est certain, c’est qu’il aurait été (quasi) impossible que Warner Bros. accepte de sortir ce cut de quatre heures au cinéma, un pari bien trop risqué pour le studio alors qu’il cherchait à consolider son univers cinématographique DC. Ironie de l’histoire, cette frilosité est ce qui a mené à la débâcle que l’on connaît tous, Joss Whedon ayant procédé à un charcutage en règle de la charpente érigée par son prédécesseur, et donc à la situation actuelle où Snyder – en position de force – peut finalement avoir les coudées franches pour livrer sa version, telle qu’il l’avait en tête. Ainsi, si l’on connaît les grandes lignes de l’histoire, à savoir la formation de la super-équipe face à la menace d’une probable invasion et que l’on connaît sa finalité, une toute nouvelle route a été tracée pour étoffer le périple de nos héros, grâce à cette nouvelle durée, qui contrairement à ce que l’on aurait pu croire, se laisse regarder sans que l’ennui ou une impression de longueur ne se fasse ressentir, ce qui est déjà un très bon point.

Sous la direction de Joss Whedon Justice League effleurait à peine son sujet, la réunion tant attendue s’effectuant sans entrain, avec des personnages manquant cruellement d’épaisseur – en particulier les petits nouveaux comme Arthur Curry, Victor Stone et Barry Allen, qui peinaient à exister hors de l’ombre de Bruce Wayne et Diana Prince, les deux piliers du film. Pire encore, le réalisateur avait rajouté des traits d’humour qui n’avaient pas sa place dans l’intrigue et qui paraissait hors-sujet (la palme revenant à la chute de Flash sur Wonder Woman), déjouant maladroitement des situations dramatiques. Ici, force est de constater que cet esprit léger était bien du ressort de Whedon et fort heureusement, hormis les répliques de Barry, l’heure n’était pas aux blagues, ce qui est salvateur et rend le visionnage plus agréable. Autre correction bienvenue, celle du rapport de forces entre les différents membres de la Ligue, qui est en fin de compte équilibré, chacun ayant plus d’espace pour exister avec une mention spéciale pour le développement de Cyborg, dont le potentiel est finalement exploité. Que ce soit ses difficultés à accepter sa nouvelle condition, la découverte de l’étendu de ses pouvoirs ainsi que son rapport aux autres, notre Dieu de la technologie joue un rôle majeur dans le déroulement des évènements, avec notamment un renforcement de la connexion le reliant aux Boîtes Mères, le MacGuffin au cœur des enjeux du scénario de Zack Snyder, Chris Terrio et Wes Beall.

Qui dit Boîtes Mères dit Steppenwolf et là aussi, il est appréciable que ce qui n’était qu’un méchant lambda possède de plus amples motivations que celle de trouver ces artefacts et créer l’Unité. En plus d’une nouvelle apparence – bien plus imposante – le ‘bad guy’ devient un être en quête de rédemption, voulant offrir la Terre à son maître dans le but de racheter ses fautes, sa trahison. Un approfondissement qui permet d’introduire des protagonistes clés, absents dans le long-métrage de Whedon, à savoir DeSaad mais surtout un certain Darkseid. Le leader d’Apokolips n’est plus un nom prononcé dans le vent et devient un danger en devenir, surtout avec l’évocation de l’Equation d’Anti-Vie, un élément crucial dans la mythologie DC, qui aurait dû bouleverser l’avenir du DCEU et nous plonger en plein ‘Knightmare’. Les pistes quant à cet inéluctable futur post-apocalyptique se multiplient, avec notamment l’ajout d’une séquence finale alléchante quant à la trajectoire prévue pour la suite des évènements. Snyder est un petit malin, même en sachant que Warner Bros. a tiré une croix sur de futurs opus de Justice League, il en rajoute une couche en tournant des scènes additionnelles destinées à attiser notre curiosité et à vouloir cet avenir compromis. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir depuis la sortie du film le hashtag #RestoreTheSnyderVerse, symbole du nouveau combat des fans.

Ces quatre heures d’aventures super-héroïques donnent de la matière pour notre casting, permettant de s’affirmer dans la peau de leur alter-ego, Ray Fisher et Ezra Miller en tête (Jason Momoa restant un peu plus en retrait, ce qui est explicable par le fait qu’Aquaman était en production à cette époque). Concernant la trinité DC Comics, à savoir Batman, Wonder Woman, Superman, notons que Ben Affleck apporte une teneur supplémentaire à Bruce Wayne, tandis que Gal Gadot et Henry Cavill prouvent qu’ils ont saisi l’essence de leur personnage respectif. Parmi les seconds-rôles, retenons un meilleur traitement du deuil de Lois Lane, se traduisant par une utilisation plus pertinente d’Amy Adams, l’actrice se montrant digne et émouvante, mais également une réelle mise en avant de Silas Stone, le père de Victor/Cyborg, Sam Morton ayant de quoi jouer et ne fait plus de la simple figuration.

Quant à la réalisation, Zack Snyder continuera de diviser le public avec ses partis-pris car ce dernier, ayant un contrôle créatif absolu, s’en donne à cœur joie dans le symbolisme et les ralentis, ce qui appuie cette fameuse thématique des Dieux parmi les Hommes, nos héros devenant des icônes, des êtres supérieurs. Si certains pourront être agacés par les choix de mise en scène, d’autres seront satisfaits car dans la droite lignée de ce qui nous avait été proposé dans Man Of Steel et Batman v. Superman : L’Aube De La Justice. Par contre, il y a à redire sur certains effets spéciaux, qui ne sont parfois pas à la hauteur, on pense notamment aux nombreuses incrustations en fond vert qui se voient clairement ou encore de l’apparition d’un certain Martian Manhunter. N’oublions pas non plus un système de communication entre Steppenwolf et DeSaad qui visuellement est digne d’une cinématique de jeu-vidéo, ce qui est dommage, d’autant plus qu’une enveloppe de 70M$ a été alloué pour finaliser ce Snyder’s Cut.

Avec Zack Snyder’s Justice League, nous assistons à une réhabilitation en règle d’un long-métrage sabordé de toutes parts et il est plaisant de constater que la déception d’il y a quatre ans laisse place à une certaine satisfaction. Plus dense et assumant son côté épique, cette nouvelle version de Justice League vient conclure avec force la trilogie de Zack Snyder. Si tout n’est pas parfait, entre quelques points du scénario restant brouillons et des ratés au niveau des effets spéciaux, ce Snyder’s Cut n’en reste pas moins un blockbuster généreux dont les quatre heures se laissent regarder aisément. Surtout, la débâcle de 2017 est finalement de l’histoire ancienne – même si le film reste canon pour Warner Bros. et DC Films – nous permettant d’apprécier à sa juste valeur la formation de la Ligue des Justiciers. L’âge des héros est loin d’être révolu.

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