[Critique] Ava, cible manquée

Un an après Ma, le réalisateur Tate Taylor est de retour derrière la caméra pour Ava, un film d’action réunissant Jessica Chastain, John Malkovich, Colin Farrell, Geena Davis, Common, Jess Weixler, Ioan Gruffudd et Diana Silvers au casting, nous faisant suivre une tueuse à gages à la croisée des chemins après l’échec d’une mission…

Après s’être essayé au genre horrifique, Tate Taylor s’aventure dans l’univers de l’espionnage avec Ava, qui passe totalement à côté de sa cible en se contentant d’être un long-métrage générique et sans âme, nous questionnant sur la présence du trio Jessica Chastain, John Malkovich, Colin Farrell dans une telle entreprise.

Du prototype au produit final, il y a tout un monde et vu le résultat, on ne peut que se dire qu’il y a eu maldonne sur ce projet, d’autant plus lorsque l’on sait qu’en plus de tenir le haut de l’affiche Jessica Chastain occupe le poste de co-productrice. Avec ce qui aurait pu être un écrin de choix pour un actioner féminin capable de faire la différence dans une catégorie cinématographique certes en plein essor ces dernières années mais peinant à offrir des œuvres réellement percutantes, on se retrouve face à une production fauchée qui lorgne du côté de Nikita de Luc Besson mais s’avère en conclusion plus proche de son désastreux Anna. L’architecte de ce triste spectacle est avant tout Matthew Newton, qui est à l’origine du scénario d’Ava et devait également en assurer la mise en scène avant de faire machine arrière suite aux remous provoqués par ses antécédents judiciaires (condamnations pour violences conjugales notamment…).

S’il a laissé les rênes du long-métrage à Tate Taylor, son script a survécu à ce départ et l’intrigue qu’il a conçu est un patchwork des attendus du genre, sans aucune recherche d’originalité. Au menu d’Ava, une tueuse à gages opérant pour le compte d’une agence secrète qui va devoir payer le prix d’une assignation ratée, sa propre tête se voyant marquée au fer rouge par ceux qui l’emploient suite à cette erreur de trop. Mise à pied, notre tueuse va être prise en étau entre l’envie de renouer avec ses proches et venir à bout de ceux qui cherchent à l’éliminer. Perdu entre une intrigue familiale dont on se contre-fiche (les problèmes de jeu du personnage de Common, love interest sans intérêt malheureusement) et une plongée expéditive dans le monde obscur de l’espionnage, où les enjeux sont sacrifiés sur l’autel du raccourci scénaristique, force est de constater que Ava ne brille pas par la finesse de son écriture. Les personnages sont caractérisés de manière simple et basique, ce qui empêche le public d’éprouver un quelconque affect pour leur sort dans cette série de règlements de comptes, alors que cela semblait être l’attrait numéro un de Matthew Newton pour vendre son ébauche de film aux producteurs.

Promettant une héroïne badass à souhait en proie aux doutes et au bord de la rechute quant à ses addictions, cet actioner se contente s’esquisser les zones d’ombres de cette chère « Ava » au travers de deux/trois lignes de dialogues et c’est tout. Difficile d’éprouver de l’empathie pour ce protagoniste malgré l’ajout de sa cellule familiale et d’une relation filiale instaurée avec son instructeur. Rien ne prend forme et les comédiens ne parviennent pas à nous faire croire en cette immersion dans les rouages de l’univers de l’espionnage. Jessica Chastain essaye de palier à l’écriture pataude de son alter-ego avec un jeu physique mais les séquences d’actions émaillant Ava manquent cruellement de souffle et de dynamisme. On ressent le manque de volonté de Tate Taylor de s’impliquer dans un projet dans lequel il est arrivé en cours de route. Sa mise en scène est paresseuse, digne d’un téléfilm avec une photographique terne et une direction d’acteurs aux fraises. Il n’y a qu’à voir John Malkovich et Colin Farrell, qui se demandent ce qu’ils font dans cette galère, même quand ils en viennent au main dans un affrontement proche du nanar. En bref, rien de neuf sous le soleil avec Ava, qui est un film d’action facilement oubliable.

Difficile d’adhérer à Ava, tant ceux qui sont impliqués dans cet actioner peinent à croire en ce projet que ce soit son réalisateur Tate Taylor ou Jessica Chastain qui, malgré un investissement physique compose avec une héroïne insipide à l’image de la plupart des personnages. Un défaut majeur imputé à un scénario faiblard signé par un Matthew Newton peu inspiré, compilant des intrigues téléphonées et éculées qui font de ce jeu d’espion une œuvre éphémère, tant il n’y a rien à retenir de ce long-métrage. Dommage pour les acteurs ayant pris part à ce triste spectacle.

© Netflix

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