[Critique] Girl, à corps perdu

Pour son premier long-métrage, Girl, le réalisateur belge Lukas Dhont évoque un sujet sensible, la transsexualité. Le film a fait parler de lui lors du dernier Festival De Cannes en remportant la Caméra D’Or et la Queer Palm. Entouré des acteurs Victor Polster, Arieh Worthalter ou encore Olivier Bodart, Dhont nous parle du quotidien de Lara, qui rêve de devenir danseuse étoile et de vivre dans le corps qu’elle désire.

Lukas Dhont réussi son passage derrière la caméra et nous livre avec Girl une première oeuvre touchante et sensible.

La transsexualité est traitée avec justesse en évitant tous les clichés possibles et imaginables. Dès le départ, on nous présente Lara comme une jeune fille et l’on ne remettra jamais en cause sa volonté de devenir une femme. Son corps, ses choix. La bienveillance est de mise dans ce portrait, appuyée par le personnage du père, qui est compréhensif et présent pour sa fille dans les étapes de sa transformation. Un soutien sans faille qui met du baume au coeur.

La thématique du corps est dominante dans Girl et cette plongée dans le monde de la danse renforce la pertinence du film. Chaque séance d’entraînement nous est présentée comme un supplice pour notre héroïne qui n’a pas le physique adéquat par rapport à ses camarades et la réalisation de Lukas Dhont parvient à retranscrire cette souffrance en suivant au plus près son personnage principal durant des plans-séquences où la caméra virevolte comme Lara et s’attarde sur son visage éprouvé mais le plus parlant reste les plans serrés sur les parties meurtries du corps de la danseuse une fois la séance terminée. Nous ressentons sa peine et sa frustration et sommes investis dans son histoire.

Girl

©Diaphana Distribution

Le rapport au corps joue également un rôle important dans la psychologie du long-métrage et le processus médical devant permettre à Victor de devenir Lara nous est présenté sans fard, de façon réaliste et nous sommes témoins du suivi des médecins et psychologues, qui est la plus grande partie du procédé.

Mais le plus touchant reste la perception de l’adolescente quant à sa sexualité. Être une femme est ce qui compte à ses yeux mais elle est née dans un corps qu’elle ne voulait pas et l’on peut voir sans nul doute que cette situation est dure à vivre pour elle. Il n’y a qu’à voir certaines séquences comme lorsque son frère cadet l’appelle Victor ou lorsqu’elle se change seule dans les toilettes de l’école de danse que sa condition d’homme la blesse. Lara est un personnage combatif mais également à fleur de peau et la voir mettre à mal ce corps qu’elle n’aime pas est éprouvant.

Le plus marquant dans Girl est la prestation de ses acteurs avec un énorme coup de coeur pour Victor Poslter, la révélation du film. Il irradie le film de sa présence et arrive avec aisance à transmettre un flot d’émotions avec son jeu tout en finesse avec une intériorité qui cache une profonde tristesse. Ajoutons à cela une prouesse physique avec les chorégraphies pratiquées tout au long du film. Que ce soit son visage ou son corps, Victor se sert de l’intégralité de son anatomie pour nous parler et surtout nous émouvoir. Face à lui,  Arieh Worthalter interprète le père de Lara avec une performance tournée vers la douceur, l’amour dégageant du personnage étant des plus chaleureux et réconfortant à la fois pour Lara et pour le spectateur. Un protagoniste profondément humain pour une relation père-fille d’une beauté rare.

Girl évoque la transsexualité avec grâce intelligence et pertinence, évoquant avec empathie le portrait sensible d’une adolescente mal dans sa peau, mal dans son corps. Un premier film attachant qui ne laisse pas indifférent, reposant sur des performances d’acteurs de haut niveau. 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s