Quatre ans après sa conclusion, Peaky Blinders revient sur les écrans sous une forme inédite, s’essayant à l’exercice du long-métrage. Pouvant compter sur la présence des figures de la série […]
Quatre ans après sa conclusion, Peaky Blinders revient sur les écrans sous une forme inédite, s’essayant à l’exercice du long-métrage. Pouvant compter sur la présence des figures de la série originale telles que Cillian Murphy, Paul Anderson, Sophie Rundle, Stephen Graham, Ned Dennehy, Packy Lee, Ian Peck – qui se voient épaulés par Rebecca Ferguson, Tim Roth, Jay Lycurgo et Barry Keoghan, cette extension sous-titrée L’Immortel renoue le contact avec Tommy Shelby, vivant désormais loin de Birmingham, loin de ce berceau emprunt de violence…
Lorsque le succès est au rendez-vous, difficile de mettre un point final à sa création. Une problématique qui occupe l’esprit de bons nombre de showrunners à la télévision, toujours tentés par les chaînes et plateformes – désireuses de profiter un maximum de l’aura de leurs séries. En l’occurrence dans ce cas précis, BBC et Netflix, qui ont unis leurs forces pour que Steven Knight reprenne les rênes de Peaky Blinders, alors que le scénariste et producteur avait conclu le parcours chaotique de la famille Shelby.
Et donc, après six saisons d’existence, le drama britannique se rappelle au bon souvenir des fans de la première heure, sous la houlette de Tom Harper – qui a chapeauté une poignée d’épisodes – et la présence d’une grande partie de la distribution d’origine. De quoi mettre un véritable point final sur une série qui aura su marquer l’histoire récente de la télévision – avant d’en ouvrir un nouveau chapitre (un spin-off est déjà dans les tuyaux). Alors, pour cet épilogue tant attendu que craint, que nous a réservé le showrunner – qui officie au scénario ? Une plongée opaque dans la psyché tourmentée de Tommy Shelby, permettant de peaufiner les derniers traits de son portrait, et d’amener notre gangster à affronter son passé, à accepter son destin. Nous plongeant en pleine Seconde Guerre mondiale, Peaky Blinders : L’Immortel se sert de ce conflit pour symboliser le tumulte intérieur de notre protagoniste, ramené par la force des choses sur son ancien territoire pour tenter de sauver l’un des siens. Et ce pour le meilleur et pour le pire.
N’étant plus que l’ombre de lui-même, l’ex leader des Peaky se voit ainsi offrir la chance de montrer de quel bois il se chauffe, quittant son manoir perdu au milieu de nul part pour venir en aide à son rejeton – qui a repris les affaires familiales d’une main de fer, s soif de pouvoir l’entraînant sur la mauvaise pente. En l’occurrence fraterniser avec l’ennemi – les nazis – en aidant à un groupuscule fasciste à fomenter un trafic de fausse monnaie, afin de déstabiliser l’économie britannique. De quoi amener le patriarche à remettre les pieds à Birmingham, à avancer sous les bombes et ce dans un but précis, rappeler qui est le patron. Vous l’aurez compris, ici Steven Knight propose un chant du cygne crépusculaire à son anti-héros favori, s’écrivant dans la douleur, dans la violence – un programme qui faisait le sel de la série.
Sauf qu’en changeant de formule, le scénariste condense son script et survole par conséquent la majorité des sujets qu’il cherchait à traiter. En résulte un problème de rythme, L’Immortel prenant d’abord le temps de nous reconnecter à ce cher Tommy et à ses démons, avant de se rappeler qu’il a moins de deux heures de métrage à disposition pour nous préparer à la confrontation entre Shelby père et fils, à nous présenter la nouvelle trajectoire des Peaky Blinders dans un contexte historique pour le moins tendu tout en nous introduisant à des personnages inédits, qui n’ont pas réellement le temps d’exister (Tim Roth et Rebecca Ferguson en sont réduits au minimum syndical malheureusement). Une trame chargée, devant nous entraîner sur un chemin dont il ne fait aucun doute, le passage de flambeau entre Tommy et Duke, ne pouvant s’effectuer qu’à travers le sang, la mort – une malédiction familiale dont il est impossible d’échapper.
Mais à cause d’une écriture brouillonne, ce baroud d’honneur manque d’envergure, en dépit de la performance de Cillian Murphy, toujours aussi habité par son alter-ego (le point fort du film) et de la réalisation aux petits oignons de Tom Harper – qui sait iconiser sa tête d’affiche, comme le souligne la déambulation du Rom Baro dans les rues de Birmingham sur la mélodie de Red Right Hand, de Nick Cave and the Bad Seeds. Ce qui aide à faire la pilule quant à cette conclusion en dents de scie, qui parachève la légende de Thomas Shelby – et donne malgré tout envie de se replonger dans l’univers de Peaky Blinders (il est temps de ressortir l’intégrale du placard).
Avec Peaky Blinders : L’Immortel, Steven Knight offre à Cillian Murphy une dernière chevauchée dans la peau de Tommy Shelby, destinée à caresser les fans dans le sens du poil – même si certains choix scénaristiques feront grincer les dents de certains.