Passée une courte parenthèse au sein de l’écurie Marvel Studios, qui lui aura permis de mettre en scène The Marvels en 2023, Nia DaCosta renoue avec son genre de prédilection sur grand écran, en l’occurrence l’horreur. Un retour aux sources s’effectuant via une franchise fraîchement ressuscitée : 28 Ans Plus Tard. Au programme de ce nouvel opus, sous-titré Le Temple des Morts et comprenant Ralph Fiennes, Jack O’Connelle, Alfie Williams, Erin Kellyman, Chi Lewis-Parris au casting, la suite de l’odyssée tragique du jeune Spike dans une Angleterre post-apocalyptique – peuplée d’infectés et de compagnons de route peu recommandables…

En 2002, Danny Boyle insufflait du sang neuf dans le genre dit du film de zombies avec 28 Jours Plus Tard, qui voyait un tout jeune Cillian Murphy incarné un homme se réveillant de son coma pour mieux découvrir que durant son sommeil Londres – et plus largement l’Angleterre – a été ravagée par un virus transformant les personnes symptomatiques en de véritables créatures amatrices de chair fraîche. 

Dix-huit ans après cette mise à l’arrêt, Danny Boyle et Alex Garland se sont à nouveau réunis histoire de ressortir du placard la saga qu’ils ont imaginé, avec pour but d’entamer un ambitieux chapitre, sous l’égide de Sony Pictures. Une résurgence planifiée sur trois films, le premier étant 28 Ans Plus Tard, qui s’est présenté à nous il y a à peine quelques mois – avec des résultats encourageants à la clé. Et maintenant que les graines ont été semées pour le futur, l’heure est venue de découvrir ce que la franchise a dans le ventre. Que va t-il advenir du jeune Spike (incarné par Allie Williams), protagoniste de la trilogie, qui se retrouve littéralement à la croisée des chemins après avoir décidé de marcher seul sur ces terres anglaises désolées depuis des décennies ?

Prenant le relais de Boyle – qui se contente du poste de producteur – Nia DaCosta appose ainsi sa patte sur cet univers particulier et s’approprie le script de Garland (toujours à même de prendre le public à revers de ses attentes) pour mieux conférer à ce chapitre une teinte d’existentialisme. Resserrant son cadre sur une poignée de personnages, 28 Ans Plus Tard : Le Temple Des Morts, s’interroge davantage sur la nature du mal, la violence inhérente à ce monde aux abois s’exposant sous un angle théologique, à travers cette fameuse opposition entre la foi et la science – qui a un rôle de poids ici. Et donc de se concentrer sur les trajectoires parallèles de l’énigmatique Jimmy Crystal – introduit en introduction/conclusion du film précédent – mais également du docteur Kelson. Deux hommes avançant inéluctablement l’un vers l’autre dans un champ de ruines à ciel ouvert, où l’espoir n’est plus permis.

Du moins à première vue, l’intrigue laissant transparaître de temps à autres des lueurs dans cet océan d’obscurité dans lequel naviguent nos protagonistes. Comment échapper à sa condition dans un environnement bestial ? Telle est la question centrale de cette suite qui prend donc le chemin de l’introspection – entre deux séquences gores nous rappelant que nous sommes face à une production horrifique. Une décision créative qui fait sens, 28 Ans Plus Tard cherchant à s’éloigner des codes du film de zombiesd’infectés pour mieux étendre son champ des possibles thématiquement parlant. Si le sectarisme de Lord Jimmy et ses ‘doigts’ rentre davantage dans le cahier des charges du genre, apprécions la teneur de la storyline concernant le vénérable Kelson, se retrouvant à faire un pas de deux avec ce redoutable mâle Alpha qu’est Samson – qui avait fait sensation dans l’ouvrage de Danny Boyle.

Quand l’humanisme fait office de contrepoids à la barbarie, la contemplation est au programme, ce dont se nourrit Nia DaCosta pour évoquer la survie, la mémoire, les traumatismes d’un passé douloureux – avec une mise en scène épurée. Faisant office d’épisode transitoire, en particulier concernant le parcours du jeune Spike – qui n’est plus maître de son destin et doit serrer les dents d’un bout à l’autre du métrage – Le Temple des Morts n’a pas la fougue de son prédécesseur, ce qui ne l’empêche d’offrir des séquences fortes pour se démarquer, que ce soit une session de torture peu ragoûtante mais surtout un instant complètement perché dans son acte final – où Nature of the Beast d’Iron Maiden vient donner du corps à une confrontation électrique – permettant à l’excellent Ralph Fiennes de lâcher la rampe.

Moins percutant que son aîné, ce deuxième opus estampillé 28 Ans Plus Tard n’en reste pas moins une proposition originale dans le paysage horrifique actuel, semant des pistes intrigantes pour refermer comme il se doit une trilogie que personne n’attendait mais qui ne manque pas de sel. À voir désormais où veut nous mener l’équipe créative pour la conclusion de la saga, qui pourra compter sur le retour de Cillian Murphy pour marquer le coup – et remettre en perspective 28 Jours Plus Tard.

En s’immergeant dans l’univers horrifique de 28 Ans Plus Tard, Nia DaCosta se livre à un exercice contemplatif, faisant de son film – Le Temple des Morts – une introspection sur les tourments de l’Homme et son rapport au Mal, qui ne manque pas d’idées.

© 20th Century Studios

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