Un an après 5e Set, Quentin Reynaud revient derrière la caméra avec En Plein Feu, qui réunit au casting Alex Lutz et André Dussollier. Présenté en avant-première lors de la vingt-troisième édition de l’Arras Film Festival, le long-métrage suit un père et son fils en pleine évacuation alors qu’un incendie de forêt fait rage à proximité…

© Apollo Films

Reprenant la balle au bond d’un premier essai réussi, Quentin Reynaud prouve qu’il est un talent à suivre en réussissant à apposer sa patte sur un genre sur lequel le cinéma français reste frileux, à savoir le film catastrophe, se mettant à la manœuvre d’une lutte pour la survie anxiogène avançant sur un terrain miné avec une grande maîtrise – évitant les pièges se dressant sur sa route pour se diriger vers une intrigante direction.

Comme nous le constatons collectivement depuis quelques temps, les phénomènes météorologiques dits exceptionnels ne le sont plus tellement. Rien que ces derniers mois, la sécheresse et les incendies de forêts ont marqué notre actualité. Un contexte suscitant à raison l’angoisse de beaucoup, de tels désastres se multipliant, offrant une caisse de résonance pertinente à En Plein Feu, qui nous immerge au plus près du brasier en suivant un père et son fils dans leur tentative désespérée de s’éloigner des flammes ravageant les alentours. Reprenant dans un premier temps les codes du genre, le cinéaste, qui officie également à l’écriture, nous prépare au drame à venir en faisant planer la menace au dessus de la tête de nos personnages avant que celle-ci ne s’abatte sur eux. En clair, le calme avant la tempête.

Se devant d’évacuer leur quartier suite à un message d’alerte, Joseph et Simon s’embarquent au volant de leur voiture vers un lieu sûr, loin du danger. Un trajet vers la sécurité, qui va prendre une toute autre tournure dès lors que des vents changeants vont drastiquement embraser la situation. Privilégiant une montée progressive de la tension, Quentin Reynaud resserre ses enjeux ainsi que son cadre dans le but de créer un climat suffocant à la fois pour ses protagonistes et le public. Coincé dans les bouchons, sans autre alternative que l’attente, notre duo principal ne peut qu’observer l’inéluctable, l’incendie que tous cherchent à fuir est en approche. De quoi donner le top d’un compte à rebours dont on craint la finalité, ce qui fait la force du long-métrage qui s’amuse avec nos nerfs.

Ménageant savamment l’art du suspense, En Plein Feu se donne les moyens pour que l’on se sente impliqué dans cet infernal chemin de croix, s’assombrissant au gré des épreuves traversées par Simon et son paternel, seuls face à la puissance dévastatrice de mère nature. La tragédie n’est jamais loin et le scénario se plaît à prendre une dimension métaphorique dans sa dernière ligne droite. Une choix judicieux, donnant une toute autre saveur à cette œuvre, qui s’émancipe du film catastrophe pour passer au drame symbolique, cette avancée vers l’obscurité permettant d’éclairer intelligemment les zones d’ombres de la famille que nous suivons. Ce qui donne du matériel de qualité à notre duo central, André Dussollier et Alex Lutz se montrant des plus convaincants devant la caméra de Quentin Reynaud – surtout le second, qui dévoile une palette plus large qu’il n’y paraît, tout comme dans 5e Set. La collaboration entre l’acteur et le réalisateur porte ses fruits.

Avec En Plein Feu, Quentin Reynaud confirme qu’il est un talent à suivre, s’essayant avec style au film catastrophe en nous plongeant dans une virée anxiogène au cœur d’un incendie ravageur.

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