[Critique] Coupez !, remake de la mort qui tue

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Deux ans après Le Prince Oublié, Michel Hazanavicius effectue son retour derrière la caméra avec Coupez !, remake de Kamera o tomeru na! (Ne Coupez Pas en version française) réalisé par Shin’ichirô Ueda. Comprenant au casting Romain Duris, Bérénice Bejo, Grégory Gadebois, Finnegan Oldfield, Matilda Lutz, Lyes Salem, Simone Hazanavicius, Sébastien Chassagne, Jean-Pascal Zadi ou encore Charlie Dupont, celui-ci se centre sur le tournage pour le moins particulier d’un film de zombies à petit budget…

D’un petit objet filmique destiné à un public restreint, Ne Coupez Pas ! aura su devenir une œuvre culte avec les années, sa success-story ayant dépassé les frontières du Japon – d’où il est sorti en catimini en 2017 avant de voir sa carrière prendre de l’ampleur grâce un excellent bouche à oreille. Apprécié des cinéphiles, le long-métrage Shin’ichirô Ueda a atteint un nouveau stade en devenant lui-même un sujet d’inspiration pour un cinéaste, en l’occurrence Michel Hazanavicius. S’il y avait de quoi avoir quelques réticences lors de l’annonce d’un remake français de cette série Z respirant l’amour du septième art, force est de constater que ceux-ci disparaissent grâce au savoir-faire de l’homme derrière OSS 117 et The Artist, qui s’amuse à distordre les règles avec espièglerie.

Avec Coupez !, nous avons là un fan film qui rend hommage à son matériau de base tout en se permettant quelques libertés qui se marient plutôt bien avec la tonalité générale. Respectant la structure du scénario concocté par Ueda, cette version made in France parvient ainsi à éviter le simple décalque en accentuant la dimension méta de ce tournage de la mort qui tue, se dotant d’un niveau de lecture supplémentaire qui n’est pas pour déplaire. Si la surprise ne sera pas vraiment au rendez-vous pour ceux qui connaissent l’original, les petites touches apportées par Hazanavicius laissent tout de même se diffuser un léger parfum de fraîcheur, notamment lorsque le pot aux roses est découvert. Car en étant parfaitement conscient de sa notion de remake, cette plongée côté coulisses s’établit dans la joie et la bonne humeur.

Conservant sa structure en trois actes, le long-métrage joue avec l’incrédulité propre aux événements se nouant devant nos yeux, à savoir la production d’un film tournant au cauchemar lorsque des zombies s’invitent sur le plateau – une usine désaffectée cachant de lourds secrets. La situation se tend tout du long d’un plan-séquence d’une trentaine de minutes où tout paraît fauché, de la réalisation à la prestation des acteurs. Du malaise inhérent à cette débâcle, se nourrit l’intrigue centrale de Coupez !, où les atermoiements captés sur la pellicule initiale témoignent d’un making-of synonyme d’accident industriel foutraquement drôle. De cette aventure de l’autre côté de la caméra, Hazanavicius en tire sa force, en étant pleinement conscient des pièges se mettant au travers de son chemin. En résulte alors une aventure humaine où l’art de la débrouille et du collectif sont érigés en maître.

Les légers détours empruntés par le scénariste/réalisateur servent de ce fait à donner de la résonnance à l’ouvrage d’Ueda tout en lui permettant de laisser parler son propre style. Ce que vient d’ailleurs appuyer la présence de Bérénice Bejo ainsi que de ses filles Simone et Raïka Hazanavicius, symbolisant l’aspect méta de cette relecture de même que la dimension familiale que l’on peut retrouver dans la création artistique. De quoi conférer du cœur à un dernier acte qui s’éclate à combler les trous implicites du scénario, avec le tournage pour le moins rocambolesque de ce projet foireux confié à une équipe dysfonctionnelle, avec le lot d’emmerdes que cela comporte. Accompagné de sa troupe de joyeux drilles, menée par un Romain Duris et une Bérénice Bejo en grande forme, notre chef d’orchestre nous donne les clés pour apprécier comme il se doit le spectacle complètement perché qui avait précédemment suscité des interrogations, clôturant ce remake dans un feu d’artifices de déjections plus ou moins fortuites, qui ont semble t-il fait leur effet si l’on en croit les rires entendus dans la salles (dont les nôtres il est vrai).

Avec Coupez !, Michel Hazanavicius déjoue le piège du remake en bonne et due forme, se livrant à une relecture respectueuse de son matériau d’origine et consciente de son statut, lui permettant ainsi d’y distiller sa patte fantasque. Un pari réussi qui permet à la fois de démontrer que le cinéaste s’épanouit dans la comédie tout en mettant en lumière le génial Kamera o tomeru na! (Ne Coupez Pas en version française) de Shin’ichirô Ueda, dont il se veut complémentaire. Si l’écriture est quelque peu différente, la portée du message de cette lettre d’amour au cinéma et à ses artisans reste intacte.

© Wild Bunch Distribution
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