Deux ans après Chambre 212, Christophe Honoré fait son retour derrière la caméra (et devant) avec Guermantes, réunissant au casting des figures de la Comédie-Française telles que Laurent Lafitte, Claude Mathieu, Anne Kessler, Eric Genovese, Florence Viala, Dominique Blanc, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian ou encore Gilles David et se concentrant sur une troupe de théâtre apprenant l’annulation de leur pièce…

Réalité et fiction s’entrecroisent sur une ligne ténue dans Guermantes, projet pour le moins atypique de Christophe Honoré, qui invoque l’esprit de Marcel Proust dans une ode à la création artistique et au vivre ensemble, pour une séance de répétitions buissonnières aux allures de flâneries intimistes.

Le long-métrage doit son origine à un événement nous ayant tous impacté, la pandémie de COVID-19, qui a mis à l’arrêt plus d’un secteur d’activité, dont celui du spectacle vivant. Avant que le rideau ne baisse pour les salles de cinéma et de théâtre, la Comédie-Française planchait sur Le Côté de Guermantes, une adaptation du troisième des sept volumes de l’une des œuvres majeures de Proust, La Recherche Du Temps Perdu. De cette tentative avortée, la pièce n’ayant jamais pu être proposée au public, est né cet objet filmique pour le moins iconoclaste qui s’apparente à une mise en abîme, Christophe Honoré se jouant de la fiction pour nous plonger dans l’incertitude propre à cette situation véridique. Tourné de manière fugace – en dix jours – Guermantes s’attelle ainsi à conserver sur pellicule des bribes mémorielles de ce « spectacle fantôme » pour un ersatz de documentaire qui se révèle finalement être un exercice de style alliant à la fois hommage au travail de l’auteur et jeu de miroirs quant au sens de l’existence.

Nous entraînant côté coulisses dans l’enceinte du théâtre Marigny, Christophe Honoré revient sur la soirée fatidique où le sort de l’adaptation qu’il développait fût acté. Alors en pleine séance de répétition avec sa troupe, le metteur en scène se voit couper l’herbe sous le pied et reste dans l’expectative, le COVID-19 flottant au-dessus de la tête de tous tel une épée de Damoclès. Que faire alors le flou règne quant à une possible amélioration des conditions sanitaires ? Démarrant par cette interrogation, le film vise juste quant à la sidération émanant d’un tel cas de figure – que nous avons tous vécu à des degrés différents. De ces moments de flottements face à ce coup dur, Guermantes en tire une réflexion sur l’importance du processus créatif, personnifiant ce concept de la découverte du sens de la vie dans l’art, notamment défendu par Proust. Passé ce moment d’abattement, nos membres de la Comédie-Française laissent parler leurs sentiments au travers leur refus de se quitter sur cette note amère, les amenant à poursuivre les répétitions, histoire de ne pas conclure cette entreprise sur des adieux précipités.

Débordant de son cadre initial, la session oscille entre séquences théâtrales et intimistes, nos comédiens et comédiennes prenant possession de chaque recoin du décor qui leur est offert pour travailler, se parler, s’engueuler, Marigny devenant un cocon dans lequel le casting se réfugie. Les mots de Proust résonne dans les couloirs et viennent ajouter de la substance aux propos véhiculés par chacun. Si la proposition paraît parfois vaniteuse, les deux-heures-vingt du métrage ayant tout de même quelques longueurs à son actif, où l’on laisse la caméra s’attarder plus que de raison sur des scénettes qui ne méritaient pas tant d’attention, dans l’ensemble on se laisse prendre au jeu. En particulier grâce à l’atmosphère douce et mélancolique émanant de la prestation de nos interprètes, qui prennent un plaisir non feint à se réunir, à improviser leurs états-d ‘âmes. Cet esprit collectif, où chacun donne de sa personne, est l’atout central de Guermantes, le lien unissant ces figures de la Comédie-Française transparaissant à l’écran grâce à Christophe Honoré, qui a su capter l’émotion propre à ces instants de joie, de doute, de vie tout simplement.

S’il pourra en rebuter certains de part ses fluctuations qualitatives, émanant d’une durée excessive, Guermantes n’en reste pas moins un exercice de style charmant et étonnant de la part de Christophe Honoré. Une recherche du jeu perdu qui se veut un bel hommage à Proust – et par extension à l’art – porté par une troupe au diapason, les membres de la Comédie-Française ici présents se révélant des plus attachants.

© Jean-Louis Fernandez

2 commentaires »

  1. J’ai hésité à parler de Guermantes dans les films vus ce mois. J’ai vraiment eu du mal à tenir tout le temps que durait le film. Sans conteste, Guermantes est avant tout un hommage au théâtre, à ses acteurs, et à tout le monde de la culture. Pour autant, il laisse de côté les personnes qui ne sont pas forcément concernées par le monde du théâtre. Et encore, j’estime le connaître tout de même et passer beaucoup de temps à me renseigner et aller voir des pièces, seulement voilà je ne connais pas les coulisses et n’ai pas réussi à m’immerger dans ces moments de complicité, d’agacements, de la vie culturelle comme au temps de Proust un petit peu. Le film oscille bien entre moments de fiction et de réalité, jusqu’à rendre la frontière transparente. Ce n’est pas ma tasse de thé mais je peux comprendre son aspect touchant ; bien qu’il aurait pu durer une bonne demi-heure de moins.

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