Le 12 Juin 1981, le public américain découvrait dans les salles obscures Les Aventuriers De L’Arche Perdue (Raiders Of The Lost Ark en V.O.), œuvre née de la collaboration entre George Lucas et Steven Spielberg, nous introduisant à l’un des héros les plus emblématiques du cinéma moderne : Indiana Jones ou – comme on l’apprendra des années plus tard – Henry Jones Jr. pour les intimes. Hommage aux serials des années 30/40, le long-métrage est une ode à l’aventure, qui aura bercé des générations de spectateurs et donné envie à beaucoup de devenir archéologue quand ils seraient plus grands. A l’occasion de son quarantième anniversaire, revenons à travers quelques anecdotes sur la génèse de cette première excursion de notre cher Indy sur le grand écran.

C’est au début des années 1970 qu’un George Lucas nostalgique de l’ancien Hollywood se met dans l’idée de développer un projet s’inspirant des fameux films dits ‘à épisodes’ de cette époque pas si lointaine, qui ne semblaient plus avoir leur place dans le paysage cinématographique. Notre homme réfléchit à son concept et au MacGuffin qui servira de moteur à son intrigue, aux côtés du scénariste Philip Kaufman, qui lui suggèrera d’évoquer l’Arche d’Alliance, ce coffre qui, selon la Bible, contiendrait les Tables de la Loi confiées à Moïse sur le mont Sinaï. The Adventures of Indiana Smith commence alors à prendre forme mais ne se concrétisera pas suite au départ de Kaufman, engagé pour écrire le scénario de l’adaptation de Josey Wales hors-la-loi réalisée par Clint Eastwood ainsi qu’à l’attention que porte Lucas à une certaine saga de science-fiction, Star Wars, qui n’en était alors qu’au stade embryonnaire…

C’est d’ailleurs lors de la sortie d’Un Nouvel Espoir au printemps 1977, que refait surface le projet tandis que le réalisateur est parti se mettre au vert à Hawaï, afin de décompresser suite à la promotion de La Guerre Des Etoiles. Accompagné de Steven Spielberg, qui venait d’achever le tournage de Rencontres Du Troisième Type, George Lucas évoque leur carrière et leur futur. Venant d’apprendre que son odyssée spatiale étant en passe de devenir un succès, ce dernier demande à son comparse quels sont les genres qu’il aimerait exploiter au cinéma. Spielberg lui rétorque qu’il voudrait s’essayer aux domaines de l’action et de l’aventure, avec l’envie de réaliser un James Bond, ce qui n’était malheureusement pas possible pour lui, n’étant pas britannique – la règle d’or pour être aux manettes d’un opus de la franchise. Lucas lui dit qu’il a mieux à lui proposer, pitchant les aventures d’Indiana Smith en détaillant des points cruciaux de ce qui deviendra Les Aventuriers De L’Arche Perdue : ambiance rétro avec abondance de cliffhangers pour tenir le spectateur en haleine, recherche d’un MacGuffin à savoir l’Arche et la présence des Nazis pour venir compliquer la tâche de notre archéologue. S’il est enthousiaste après ce teasing, Spielberg va vite se rendre compte qu’il y a un hic : la mise en scène de cet hypothétique film doit revenir à Philip Kaufman, qui a aidé à son élaboration. Fort heureusement pour lui, le siège du réalisateur va finalement lui revenir, six mois après cette discussion.

Ainsi, de cet échange initial sur la plage de Hawaï va prendre vie l’une des sagas phares du septième art mais nos deux réalisateurs ne le savent pas encore. Pour porter cette histoire à l’écran, Steven Spielberg va confier l’écriture du script à Lawrence Kasdan, rencontré quelques temps plus tôt lors de la lecture de son scénario intitulé Continental Divide. Avec George Lucas, notre duo va se réunir pour consolider la trame du long-métrage lors d’une session d’une durée de cinq jours. C’est d’ailleurs à ce moment que Indiana Smith devient Indiana Jones, sur demande du réalisateur. Enregistré sur cassette audio, cette longue séance de travail a depuis été révélée sur internet et pour les curieux – qui sont anglophones – vous pouvez en lire la transcription à cette adresse. En Août 1978, Kasdan rend sa copie à Lucas, qui l’appréciera et mènera à l’arrivée du scénariste sur L’Empire Contre-Attaque, ce dernier devant prendre la relève de Leigh Brackett, tragiquement disparue.

En tout cas, malgré un script solide et le tandem Spielberg/Lucas derrière la caméra, les studios ne se pressent pas au portillon et sont même frileux face à ce projet, pourtant prometteur. Seule Paramount Pictures se laisse séduire mais les négociations sont plutôt tendues. Parmi les points de friction, l’échec de la comédie 1941 et ses nombreux dépassements de budget pour Spielberg ; l’entêtement d’avoir le contrôle créatif et les droits de licence pour Lucas. Finalement, nos deux hommes réussiront à avoir le feu vert mais la Paramount va tout de même fixer quelques règles : le budget qui leur est alloué est de 20M$, de quoi leur compliquer la tâche. Mais, comme nous l’avons tous constaté lors de notre découverte du film, cette restriction ne se voit absolument pas, le réalisateur et ses équipes ayant fait de l’excellent travail, rivalisant d’ingéniosité pour rester dans les clous et se reposant essentiellement sur les story-boards (en voici un exemple) pour élaborer à l’avance ses plans et ses séquences – un véritable gagne temps. Pour l’anecdote, l’utilisation d’une carte pour illustrer les nombreux déplacement du professeur Jones est né de cette volonté d’économiser de l’argent.

Si Harrison Ford est indissociable d’Indiana Jones (et de Han Solo), sachez que l’acteur a bien failli ne jamais revêtir le fedora du célèbre archéologue. De nombreux noms ont circulé à l’approche du tournage mais celui qui gagna les faveurs de Spielberg et Lucas fût Tom Selleck, qui obtint le rôle. Hélas, en apprenant cela la chaîne CBS, pour lequel il venait de tourner le pilote de Magnum, a mis fin à l’engagement du comédien – à cause d’une option l’empêchant de cumuler les deux tournages. Ironie de l’histoire, la production de la première saison de la série a pris du retard à cause d’une grève des scénaristes, ce qui aurait laissé le temps nécessaire à Selleck pour prendre par au long-métrage. Ce qui aurait à coup sûr bouleverser sa carrière au cinéma, même s’il ne s’en est pas trop mal sorti avouons-le. C’est ainsi que Ford a rejoint le projet, à la dernière minute, comme confirmé par George Lucas lors d’un entretien collectif réalisé pour le magazine Empire en 2008 (lors de la promotion d’Indiana Jones Et Le Royaume Du Crâne De Cristal). Un coup du sort qui l’a aidé à conforter sa place à Hollywood.

Niveau casting, notons également que Sallah devait être incarné par Danny DeVito et non pas par John Rhys-Davies et là aussi, c’est à cause de la télévision que l’on doit ce changement – DeVito étant pris par la sitcom Taxi. Pour ceux qui aimerait avoir un aperçu de Tom Selleck dans la peau d’Indy, sachez que son audition a été sortie des archives il y a quelques années, étant désormais consultable sur la toile :

Avec une distribution au grand complet, Karen Allen, Paul Freeman, Denholm Elliott ou encore Ronald Lacey venant grossir les rangs, les prises de vues peuvent finalement débuter entre l’Angleterre, la France et la Tunisie mais un gros couac vînt perturber une machine pourtant bien huilée. Le tournage sur le sol tunisien va en effet être synonyme de chemin de croix entre le climat aride et l’arrivée impromptue de la dysenterie, qui toucha une bonne partie de l’équipe technique. Si Steven Spielberg n’en a pas souffert, se nourrissant exclusivement de conserves importées, on ne peut pas en dire autant de Harrison Ford, qui a été malade un bon paquet de jours. Cette situation sanitaire des plus précaires a donné lieu à l’un des ‘gags’ les plus mémorables du film. Lors de son face à face avec un ennemi armé d’un sabre en plein zouk, Indiana aurait dû se lancer dans un combat d’une dizaine de minutes face à son adversaire mais en réalité, Ford n’étant pas au mieux de sa forme – devant régulièrement s’absenter pour cause de douleur intestinales – a voulu couper court à cette séquence, soufflant à Steven Spielberg une idée qui restera au montage : que notre héros abrège le combat en tirant sur son assaillant. Histoire de faire d’une pierre deux coups, l’abandon de ce moment de bravoure a été l’occasion de réduire le nombre de prises et d’aider à ne pas dépasser le budget, contrainte fixée par la Paramount.

Malgré ces petites turbulences en cours de route, ce que l’on retient avant tout des Aventuriers De L’Arche Perdue est son impact sur le monde du septième art. Lors de sa sortie, le long-métrage a été un succès planétaire salué par le public et les critiques, récoltant 384,1M$ de recettes et obtenant pas moins de cinq Oscars. Un essai prometteur et des plus réussis qui va donner naissance à une franchise lucrative et faire entrer Indiana Jones dans la cour des grands. En quarante d’existence, le personnage aura ainsi été mis à l’honneur quatre fois sur grand écran – et bientôt cinq avec le futur opus de James Mangold prévu pour 2022 – et une fois sur le petit, avec la série Les Aventures du jeune Indiana Jones, de quoi garder sa popularité intacte.

© Lucasfilm

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