Huit ans après Newlyweeds, le réalisateur Shaka King est de retour à la tête d’un long-métrage avec Judas and the Black Messiah, biopic centré sur Fred Hampton, membre influent des Black Panthers, comprenant au casting Daniel Kaluuya, LaKeith Stanfield, Dominique Fishback, Ashton Sanders, Algee Smith, Jesse Plemmons ou encore Martin Sheen, mettant en lumière l’ascension fulgurante du militant, qui attira l’attention du FBI – bien destiné à lui nuire….

Avec Judas and the Black Messiah, Shaka King retrace le parcours tragique d’une figure du Black Panther Party afin de mettre en exergue une Amérique profondément divisée, où racisme et violence jouent un rôle proéminent dans la vie des citoyens et des politiques, pour un biopic profondément engagé et indubitablement d’actualité.

Ce n’est pas tant le portrait de Fred Hampton qui est dressé que celui d’une société à couteaux tirés, se déchirant à propos des droits civiques sans qu’aucune sortie de crise ne soit visible à l’horizon, cette ligne restant des plus floues. Que ce soit hier, aujourd’hui et certainement demain, le combat pour la justice et l’égalité ne cessera d’être une problématique majeure au pays de l’Oncle Sam, qui a une histoire des plus compliquées quant à la cause Afro-américaine, ce qui est exposé sans fioritures par Shaka King et ses co-scénaristes Will Berson, Keith et Kenneth Lucas. Notre quatuor se nourrit du manichéisme pour démontrer avec force que rien n’est noir ou blanc, appuyant à raison sur les zones d’ombres et les contradictions qui jaillissent de cette histoire peu reluisante où machinations et autres stratagèmes de déstabilisation ont mené à des exactions meurtrières, sur l’autel de la sécurité nationale.

Comme nous le rappelle le long-métrage, la fin des années soixante était une époque particulièrement tendue aux États-Unis, marquée par de nombreux mouvements de contestations et de luttes, qui instaurèrent un climat de défiance sur le territoire. C’est dans ce contexte de poudrière, où une étincelle aurait pu embraser a nation et amener à de réels changements de doctrines, que s’articule Judas and the Black Messiah, levant le voile sur les tactiques peu scrupuleuses du FBI pour tuer dans l’œuf cet esprit révolutionnaire qui se propageait via l’émergence d’organisations politiquement radicales, à l’image des Black Panthers justement. Cette entreprise neutralisation réalisée par le service de contre-espionnage du Bureau – longtemps niée par le Gouvernement – s’affranchissant des lois et de la légalité nous est décrite à travers l’infiltration de William O’Neal au sein des Panthers de l’Illinois, faction chapeautée par Fred Hampton.

Si notre leader à une place cruciale dans l’intrigue, sa montée en puissance étant développée en filigrane, Shaka King s’intéresse davantage au parcours de O’Neal, le traître qui le mènera à sa sanglante chute. Un choix scénaristique n’enlevant rien à la portée du film, cette mise en parallèle renforçant l’aspect tragique de ce drame avec une emphase sur l’ambivalence de ‘Bill’ à la fois admiratif de son agent de liaison au FBI (un point corroboré par le lien effectué avec sa véritable interview réalisée pour le documentaire Eyes on the Prize II) et de Hampton, dont il se laisse peu à peu convaincre par les idéologies, pour un double-jeu de plus en plus tendu et fiévreux à mesure que l’inéluctable se rapproche. Le développement des deux hommes, le ‘messie noir’ comme l’appelait J. Edgar Hoover – foncièrement raciste – et son Judas, est ce qui fait la force de cette œuvre, donnant à LaKeith Stanfield et Daniel Kaluuya du matériel de qualité pour composer avec des personnages plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord.

Dans la peau de William O’Neal, LaKeith Stanfield livre une partition des plus solides, l’acteur portant une bonne partie du long-métrage sur ses épaules, réussissant à transcrire à l’écran les tergiversations de son alter-ego, entre assurance et fragilité, un jeu tout en nuances qui capte aisément notre attention. Daniel Kaluuya n’est pas en reste et offre une prestation complémentaire de celle de son partenaire, parvenant avec brio à incarner un Fred Hampton charismatique, en imposant rien qu’avec sa stature et son sens du dialogue, pour des séquences où le comédien semble habité et délivre des discours tantôt conciliant tantôt enragé. Une énergie communicative décuplant l’aura du militant et une fougue qui sait disparaître pour laisser place à un côté plus doux, ce que permet la relation de Hampton avec Deborah, sa chère et tendre – incarnée avec justesse par Dominique Fishback. Un jeu magnétique, puissant, récompensé à juste titre par une pluie de récompenses, dont un Oscar du Meilleur Acteur dans un Second Rôle. La direction d’acteurs de Shaka King est un atout indéniable à l’efficacité de son film, venant d’ailleurs contrebalancer une réalisation malheureusement trop académique pour convaincre, Shaka King ne semblant pas vouloir élever sa mise en scène pour consolider la performance de sa distribution, ce qui est dommage car synonyme parfois de quelques longueurs.

Classique dans sa forme mais intense dans son propos, Judas and the Black Messiah est un drame mettant le doigt sur des problématiques intrinsèques aux Etats-Unis, où le combat pour les droits civiques est une lutte de tous les jours pour les afro-américains, peu aidés par des institutions se rendant coupables d’exactions crasses pour maintenir le statu-quo – à l’image de la machination ayant mené à l’assassinat de Fred Hampton, perpétrée pour tuer dans l’œuf un mouvement prenant de l’ampleur. Un biopic dressant un portrait peu flatteur d’une Amérique toujours tourmentée par le spectre du racisme, qui doit sa qualité à la prestation sans failles d’un casting investi – LaKeith Stanfield/Daniel Kaluuya en tête.

© Warner Bros.

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