[Critique] One Night In Miami, nuit de légende

Après avoir mis en scène des clips musicaux et bon nombre d’épisodes de séries diverses, de Southland à Insecure en passant par Scandal et This Is Us, l’actrice Regina King s’attèle à son premier long-métrage. Adapté de la pièce éponyme de Kemp Powers, One Night In Miami comprend au casting Eli Goree, Kingsley Ben-Adir, Aldis Hodge, Leslie Odom Jr., Joaquina Kalukango, Nicolette Robin ou encore Lance Reddick et retrace une soirée historique réunissant Cassius Clay, Malcolm X, Sam Cooke et Jim Brown…

Avec One Night In Miami, Regina King fait résonner le texte de Kemp Powers avec finesse pour un drame intimiste s’interrogeant avec pertinence sur la lutte pour les droits civiques dans une Amérique à l’aube d’un tournant de son histoire concernant la cause afro-américaine.

Au cœur du long-métrage, un événement réel à savoir la soirée réunissant Cassius Clay, l’activiste Malcolm X, le chanteur Sam Cooke et le footballeur Jim Brown suite à la victoire surprise du boxeur sur Sonny Liston, l’amenant à devenir le champion du monde de la catégorie poids lourds. Si nous ne savons pas les tenants de cette réunion, Kemp Powers s’était imaginé dans sa pièce de théâtre ce qui aurait pu se passer dans l’enceinte de cette chambre d’hôtel du Hampton House à Miami le 25 Février 1964, à une époque où la ségrégation était toujours la norme aux États-Unis. Officiant au scénario, le dramaturge adapte sa propre œuvre en opérant à quelques changements au niveau de la forme, pour mieux appuyer le fond de son propos. Ainsi, si une majeure partie de l’intrigue se déroule entre les quatre murs d’une même pièce, le scénariste aère son récit avec des digressions permettant de mettre en lumière le contexte de l’époque, avec notamment une introduction désabusée qui donne le ton sur l’engagement de One Night In Miami.

Malgré une aura et une célébrité n’étant plus à démontrer, nos quatre figures sont sans cesse renvoyés à leur couleur de peau, à leur appartenance à une minorité, les amenant à remettre en question leur place dans la société de ce pays qui ne les traitent pas sur un pied d’égalité. Un constat terrible se dessinant à travers cette peinture d’une nuit particulière, où le destin de nos icones est sur le point de basculer. Des changements qui vont être au centre des discussions de nos protagonistes, car vecteurs des crispations qui vont les amener à des discussions profondes sur leur rôle à jouer dans une Amérique en proie au changement. Que ce soit Cassius Clay sur le point de rejoindre l’organisation Nation Of Islam (qui l’amènera par la suite à devenir Mohamed Ali), Malcolm X amorçant sa rupture avec celle-ci, Jim Brown s’engageant dans une carrière d’acteur ou encore Sam Cooke à la veille de la sortie de son célèbre titre A Change Is Gonna Come, nos hommes sont à la croisée des chemins.

Un entre-deux dont s’inspire Kemp Powers pour imaginer un rapport de force entre ces amis, s’établissant progressivement alors que le climat devient pesant, le huis-clos servant à exacerber les tensions sous-jacentes. Le rapport au militantisme de chacun va être analysé, jugé à l’aune d’un débats d’idées sur la manière de mener ce combat pour les droits civiques, qui est crucial en cette année 1964 avec notamment l’adoption du Civil Rights Act du 3 Juillet signé par le président Lyndon B. Johnson, qui mettra fin en pratique à la ségrégation mise en place depuis les lois Jim Crow mais qui aura du mal est véritablement intégré dans tous les États d’Amérique, prouvant que se battre pour la cause afro-américaine est une lutte de tous les instants. Une conjecture rageante qui sert à délivrer un message ô combien actuel dans un pays où le mouvement Black Live Matter à son importance. De cette colère froide, le dramaturge en puise sa force, sons sens de l’écriture et de la prose amenant à une conversation enflammée entre nos différents acteurs sur l’impact qu’ont leurs actions sur une communauté en quête de repères, à la recherche de modèles auxquels se référer.

D’abord courtois, les échanges s’enveniment et tel un combat de boxe, certains coups pleuvent sur les uns puis sur les autres quant au bon chemin à suivre les siens, si jamais il y en a un. Jamais manichéen, One Night In Miami met un point d’honneur à montrer une multiplicité de points de vue quant à la situation et dépeint de manière cohérente nos quatre figures historiques, leurs paroles et leurs actes imaginés ici ne les dénaturant pas, de même que la partition des comédiens incarnant ce quartet. Eli Goree (Cassius Clay), Kingsley Ben-Adir (Malcolm X), Aldis Hodge (Jim Brown), Leslie Odom Jr. (Sam Cooke) sont irréprochables et se rapprochent de la gestuelle et de l’éloquence des alter-égos qu’ils interprètent tout en apportant une dose de profondeur bienvenue. Nos personnalités sont en quelque sorte démystifiés, leurs songes d’une nuit d’hiver s’évertuant à montrer l’homme derrière le mythe afin de symboliser l’universalisme du message véhiculé. Si les doutes et les divergences d’opinions peuvent venir ternir un instant leurs relations, ce que l’on retient au final est la force de leur amitié, diluant un esprit de communion.

Un point parfaitement retranscrit dans la mise en scène sobre mais efficace de Regina King, qui évite de se contenter de poser sa caméra et de suivre les événements. La réalisatrice joue sur la notion d’unité en enfermant nos protagonistes dans un cadre chaleureux – grâce à la photographie classieuse de Tami Reiker – où tous peuvent exister et s’exprimer, opérant de subtils changements dans sa composition de l’espace lorsque les rapports de force du groupe au fur et à mesure que les discussions s’intensifient. Si l’on reconnaît que la sensation d’assister à la retransmission d’une pièce de théâtre se fait de temps à autres ressentir, le résultat à l’écran est tout de même fluide grâce à l’apport mais d’une introduction et d’une conclusion sans oublier deux trois séquences hors de l’hôtel, à l’image du concert a capella de Sam Cooke qui symbolise ce sens de la communion. Qu’importe les désaccords, l’union prédomine.

Avec One Night In Miami, Regina King signe un premier long-métrage réussi dans son ensemble, adaptant avec brio la pièce de Kemp Powers, qui officie d’ailleurs au scénario. Bénéficiant d’une réalisation léchée et d’une écriture maitrisée, auquel se greffe la partition sans faille d’une distribution investie, ce drame engagé nous rappelle avec force que le combat pour les droits civiques et l’égalité sont d’une importance capitale car malgré les décennies et les avancées sociales, force est de constater les discriminations sont malheureusement toujours présentes.

© Amazon Studios

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