[Critique] Pearl, de corps et d’esprit

Elsa Amiel signe avec Pearl son premier long-métrage et pour ce passage derrière la caméra en tant que réalisatrice elle s’intéresse au milieu du culturisme avec ce drame comprenant au casting Julia Föry, Peter Mullan, Arieh Worthalter, Vidal Arzoni ou encore Agata Buzek et se centrant sur Léa Pearl, qui s’apprête à concourir pour le prestigieux titre de Miss Heaven avec Al son entraîneur mais à quelques heures de la finale de la compétition, des obstacles vont se mettre entre l’athlète et le trophée qu’elle convoite tant…

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Elsa Amiel nous surprend avec Pearl en privilégiant le fond à la forme et en nous offrant une plongée dans la psyché de son personnage principal plutôt que de se consacrer à l’univers du culturisme féminin.

Le scénario, qu’elle a co-écrit avec Laurent Larivière permet d’exploiter ce cadre particulier sous un regard neuf et Pearl parvient à mettre en contraste le corps et l’esprit, ce qui est un choix intéressant. En effet, en se plongeant dans cette compétition nous nous attendons à en voir son déroulement et c’est effectivement le cas sauf que ces rituels dont nous sommes les témoins cachent une réalité plus profonde et c’est en se consacrant sur ce point précis que le film gagne en intensité.

Derrière ces corps sculptés, ces athlètes aux allures de dieux vivants, se trouvent des êtres sensibles et en se centrant sur les états-d’âmes de ces hommes et femmes Pearl trouve sa voie. L’apparence domine et peu de place est laissé à l’émotion et à l’image de notre personnage principale, le sourire donné au public et aux juges n’est que de façade.

Elsa Amiel et Laurent Larivière s’attardent sur les fêlures de leurs protagonistes et entre un entraîneur et une concurrence s’accrochant à leur gloire passée, nous avons Léa Pearl, déterminée à remporter son titre et prête à souffrir pour l’obtenir. Ce qui est frappant est de voir que malgré sa bonne volonté et sa soif de vaincre, notre héroïne semble éteinte. Cette apparente froideur va être mise en exergue avec notre découverte de sa vie d’antan et de sa maternité. Cette notion nous permet de nous questionner sur l’amour et la passion.

En effet, peut-on sacrifier sa vie de famille pour se consacrer uniquement à ce qui nous motive réellement, à savoir ici le culturisme. Les diktats de ce milieu permettent-ils à une athlète d’être mère et plus globalement d’être femme ? Nos interrogations trouvent leurs réponses au fur et à mesure du long-métrage et il est original de se centrer sur la fragilité de l’être humain dans ce contexte particulier.

Pour ses premiers pas à l’écran, la bodybuildeuse Julia Föry s’en sort avec les honneurs et livre une partition toute en mélancolie, privilégiant les jeux de regard aux paroles. Face à elle, Peter Mullan alterne extravagance et intériorité dans la peau de Al, cet entraîneur exigeant et parvient entre deux coups de sang à montrer un homme confronté au poids de l’âge tout comme l’actrice Agata Buzek qui témoigne de la difficulté pour une femme de continuer à concourir face à la jeunesse et à ce renouvellement perpétuel. Si Arieh Worthalter arrive facilement à faire transparaître son amertume et son irresponsabilité, la note de douceur de Pearl se trouve dans le jeune Vidal Arzoni et sa relation avec Julia Föry est le coeur du long-métrage.

La réalisation d’Elsa Amiel est l’autre point positif du film, parvenant à l’aide de plans soignés et travaillés ainsi que d’une direction de la photographie maîtrisée à sublimer les corps de nos athlètes de haut niveau et à les iconiser pour mieux mettre en opposition leurs failles psychologiques, un contraste appuyé et bien pensé. La caméra sait se poser sur le regard de ses personnages pour mieux exploiter leurs états-d’âmes.

Avec Pearl, Elsa Amiel livre un film sensible où les notions de corps et d’esprit sont exploités sous un nouveau jour via le prisme du culturisme. À travers le portrait de l’imposante Léa Pearl, nous est souligné la fragilité de l’être humain et ce parti-pris de se consacrer à la psyché plutôt qu’à l’apparence avec colosses aux pieds d’argile fait l’originalité de ce premier long-métrage

 

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