[Critique] Au Bout Des Doigts, partition classique

Après avoir réalisé L’Ascension et Mission Pays Basque l’année dernière, Ludovic Bernard est de retour derrière la caméra pour Au Bout Des Doigts, une comédie dramatique portée par le trio Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas et Jules Benchetrit qui nous emmène dans les couloirs du Conservatoire National Supérieur de Musique où Pierre Geitner, le directeur de l’établissement va prendre sous son aile Mathieu Malinski, un jeune en difficulté qui a un don pour le piano.

Ludovic Bernard nous livre avec Au Bout Des Doigts un troisième long-métrage divertissant mais qui aurait pu être réellement marquant sans un scénario aussi balisé.

Cette plongée dans le monde de la musique et plus précisément dans les couloirs du Conservatoire National Supérieur de Musique est au premier abord intéressant avec ce point de vue centré sur l’exigence et la rigueur de l’apprentissage ou encore sur les coulisses de la direction et des différentes pressions pour les dirigeants.

Suivre le jeune Mathieu au sein de cette institution et ce milieu qui lui est étranger aurait gagné en pertinence et profondeur si cette trame n’était pas, comme la musique, classique. Nous sommes face à une partition millimétrée pour ce genre de drame sur la notion d’apprentissage, d’éducation avec des jeunes de banlieue. Les clichés ne sont donc pas évités de même que les poncifs et aucune place n’est laissée à la surprise avec ce parcours d’un garçon délinquant se voyant offrir une chance de sortir de son quartier pour aspirer à sa passion avec l’aide d’un bienfaiteur.  Les épreuves vont se mettre sur le chemin de ces deux hommes, issus de mondes opposés, qui vont apprendre à se connaître, à s’apprivoiser et à la fin tout le monde ressortira grandi.

Dommage de voir une telle prévisibilité car de temps à autres, l’émotion parvient à faire mouche et on se dit que le film aurait gagné en qualité en tentant de gratter la surface de son scénario aseptisé et calibré pour plaire au plus grand nombre.

Par contre les acteurs relèvent le niveau et l’implication de Lambert Wilson et Kristin Scott Thomas aident à faire oublier certains traits de caractère caricaturaux de leurs personnages. Le jeu de Jules Benchetrit, qui campe avec intensité ce jeune qui se cherche et qui trouve son salut dans la musique, fonctionne grâce à sa sincerité. Il retransmet parfaitement le lien entre le musicien et son art avec une interprétation habitée. Parmi les personnages secondaires retenons avant tout la présence de Michel Jonasz, qui joue tout en douceur et bienveillance ainsi que la prestation juste de Karidja Touré.

La réalisation de Ludovic Bernard n’est pas en reste et il parvient à faire du piano le quatrième personnage du film en magnifiant la représentation de l’instrument à l’écran et en nous berçant de mélodies classiques, aidant à instaurer une ambiance particulière. Quelques trouvailles visuelles comme lors des séquences d’entraînements ou encore lors du concours final du film nous montre que le réalisateur tente d’imposer une patte et rend visuellement intéressante cette plongée dans cet univers musical.

Au Bout Des Doigts est un concerto qui parvient à nous divertir grâce à ses principaux musiciens et son chef-d’orchestre mais qui malheureusement joue une mélodie bien trop classique et basique pour réellement marquer le spectateur. 

AuBoutDesDoigts

©Thierry Valletoux/Récifilms

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